Note 56 — DE LORD BYRON. (continued 3)
Paulin Paris translation
Note 56:
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Le fragment intéressant que nous allons donner, et qui fut trouvé parmi ses papiers, paraît avoir été destiné à servir de préface à la
Grammaire arménienne
dont il est ici question.
«Le lecteur anglais sera probablement étonné de trouver mon nom associé à un ouvrage de ce genre, et sera peut-être disposé à avoir de mes connaissances, comme linguiste, une opinion que je suis loin de mériter.
»Comme je ne voudrais pas volontairement l'induire en erreur, je rapporterai, aussi brièvement que possible, de quelle manière j'ai participé à cette compilation, et les motifs qui m'y déterminèrent. A mon arrivée à Venise, en 1816, je m'aperçus que l'état de mon esprit me faisait un besoin de l'étude et d'un genre d'étude qui laissât peu d'espace à l'imagination, et présentât quelques difficultés.
»A cette époque je fus très-frappé, comme l'ont été sans doute tous les voyageurs, de la communauté du couvent de Saint-Lazare, qui me parût réunir tous les avantages d'une institution monastique sans aucun de ses vices.
»L'ordre, la propreté, la douceur, la véritable dévotion, les talens et les vertus qu'on trouve chez les frères de cet ordre, sont bien capables d'imprimer à l'homme du monde la conviction qu'il en existe un autre et un meilleur.
»Ces hommes sont les prêtres d'une nation noble et opprimée qui a partagé la proscription et l'esclavage des Juifs et des Grecs. Sans être intraitable comme les uns et servile comme les autres, ce peuple a amassé des richesses sans usure, et obtenu tous les honneurs auxquels on peut parvenir dans l'esclavage, sans intrigue. Toutefois ils ont fait partie, depuis long-tems, de la «Maison de Captivité» qui, depuis peu, a pris une si grande extension. Il serait difficile peut-être de trouver dans les annales d'aucune nation, moins de crimes que dans celles des Arméniens, dont les vertus ont toutes été pacifiques, et dont les vices ont été l'effet de la violence. Mais quelle qu'ait pu être leur destinée, et elle a été cruelle, quelle qu'elle puisse être à l'avenir, leur pays sera à jamais un des plus intéressans du globe, et leur langue n'a besoin peut-être que d'être un peu plus connue pour présenter plus d'attrait. Si l'on explique bien l'Écriture, c'est en Arménie que le paradis fut placé, dans cette Arménie qui a payé aussi cher que tous les descendans d'Adam, la participation passagère de son sol à la félicité de celui qui avait été créé de sa poussière. Ce fut en Arménie que le déluge s'apaisa d'abord, et que la colombe s'abattit. Mais de la disparition du paradis lui-même, on peut presque faire dater le malheur de ce pays; car, bien qu'il ait formé long-tems un royaume puissant, il n'a presque jamais joui de l'indépendance, et les satrapes de la Perse et les pachas de la Turquie ont également ravagé la contrée où Dieu avait créé l'homme à son image.»