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Œuvres complètes de lord Byron, Tome 10

Note 72 — DE LORD BYRON. (continued 3)

Paulin Paris translation

Note 72:

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Lord Byron donna à lord Holland la seule copie qu'il ait, je crois, jamais écrite de cet étrange poème, qui se compose d'environ deux cent cinquante vers. Quoiqu'il s'y trouve beaucoup de vigueur et d'imagination, il est en général écrit sans art, et manque de cette force et de cette concision qu'on admire dans les beaux vers de M. Coleridge, que Byron, partageant l'opinion qui a long-tems prévalue, attribuait alors au professeur Porson. Il y a cependant dans

le Diable en voiture

quelques stances dignes d'être conservées.

«1. Le Diable revint aux enfers vers deux heures, et demeura chez lui jusqu'à cinq. Il dîna de quelques homicides en ragoût, d'un rebelle en étuvée à l'irlandaise, de saucisses faites d'un juif qui s'était tué lui-même; et se mit à songer à quoi il emploierait le reste de sa journée. «Ah! dit-il, je vais monter en voiture; je me suis promené à pied ce matin, il faut aller en voiture ce soir: la nuit est le tems le plus cher à mes enfans, et je veux voir comment mes favoris prospèrent.

»2. Quelle voiture prendrai-je? dit Lucifer. Si je suivais mon goût, je monterais sur une charette pleine de blessés, et ce me serait plaisir que de voir leur sang couler; mais j'aurai souvent occasion de me donner ce passe-tems-là. Dans ce moment, c'est de promptitude qu'il s'agit; il faut que j'inspecte le plus de mes domaines que je pourrai, et que j'aie l'œil à ce qu'on ne m'aille pas braconner quelques ames.

»3. J'ai un carrosse de cérémonie à Carlton-House, un cabriolet dans Seymour-Place; mais ils sont prêtés à deux amis, qui m'en récompenseront en courant mon pas favori; et puis ils tiennent les rênes avec tant de grâce! je leur garde à tous deux quelque chose quand ils seront au bout de leur carrière.

»4. En avant donc pour la terre, et voyons.» Cela dit, il saute sur notre globe; il enjambe de Moskou en France; puis traverse la Manche d'une autre enjambée, et vient planter son pied fourchu sur une de nos grandes routes, non loin de la demeure d'un évêque.

»5. À propos, j'oubliais de dire qu'en son chemin il s'arrêta un moment à contempler la plaine de Leipsik; il prit tant de plaisir dans cette atmosphère sulfureuse, dans ces cris de désespoir, qu'il se percha sur une montagne de morts. Comme il jouissait délicieusement sur ce trône, qui croissait à chaque instant en hauteur! Rarement la terre lui avait-elle offert un aussi charmant spectacle, rarement y avait-il vu son ouvrage moitié aussi bien fait. En effet, le champ de carnage était tellement rougi du sang des morts, qu'il donnait le même reflet que les vagues de l'enfer. Alors le diable se prit à rire d'un rire bruyant, sauvage et prolongé, et dit: «Il me paraît qu'ils n'ont pas besoin de moi ici!»............ ......................................................................

»8. Toutefois les sons les plus agréables à son oreille, furent les soupirs d'une veuve éplorée; le spectacle le plus ravissant dont ses yeux se repurent, les larmes que l'horreur avait glacées dans les beaux yeux bleus d'une jeune fille restée immobile près du corps de son amant expiré: autour d'elle flottaient épars ses longs cheveux noirs; elle portait vers le ciel un œil égaré, qui semblait demander s'il y avait là un Dieu! Couché près d'une muraille en ruines, un enfant mourait de faim; ses joues étaient creuses, ses yeux à demi fermés. Le carnage commençait après que la résistance avait cessé, et la fuite ne servait de rien aux vaincus. ................................................................ .......................................................................

»10. Cependant le Diable avait atteint nos rives blanchissantes; et qu'y fit-il, je vous prie? Avec les meilleurs yeux du monde, il ne put y voir de nuit que ce que nous y voyons tous les jours. Toutefois, il fit son petit voyage, et tint journal de toutes les merveilles qu'il avait observées dans ses courses nocturnes. Ce journal, il le vendit aux libraires associés, qui lui firent d'assez belles conditions, il est vrai, mais qui finirent par le tricher tout diable qu'il est.

»11. Le Diable vit ensuite, ou crut voir la malle-poste et son conducteur avec son manteau. Alors, à défaut de pistolets, il arma sa queue; et saisissant son homme à la gorge: «Ha ha! dit-il, qu'est-ce ceci? une voiture neuve et un vieux pair!»

»12. Cela dit, il le replaça sur son siège, l'engagea à n'avoir pas peur, à rester fidèle à son club, ses rênes, son b... et sa bière: «Excepté la table du conseil, il n'y a pas d'endroit, ajouta-t-il, où je sois si content de voir un pair qu'ici.» ................................. ....................................................................

»17. Le Diable se rendit ensuite à Westminster, et se disposait à entrer à la Chambre des Communes, quand il apprit que les lords venaient d'être convoqués. Aussitôt il pensa qu'en sa qualité de quondam aristocrate, il devait aller les voir un moment; car de songer à les écouter, cela n'en valait pas la peine. Il entra dans la Chambre, et s'avança si bien comme l'un d'entre nous, qu'on dit qu'il s'arrêta très-près du trône.

»18. Il vit lord L***l, sage en apparence seulement; lord W...d, qui certainement est un sot; Johanny de Norfold, homme de quelque poids; Chatham, si semblable à son ami Billy; il vit des larmes dans les yeux de lord Eldon, parce que les catholiques ne voulaient pas se soulever, malgré ses prières et ses prophéties. Puis il entendit, ce qui ne l'étonna pas peu, un magistrat supérieur dire quelque chose qui avait tout l'air d'un jurement. Satan fut choqué: «Allons-nous-en, dit-il nous sommes mieux appris que cela là bas. S'il harangue dans ce goût là quand il sera dans mes états, je ferai signe à l'ami Moloch de le rappeler à l'ordre.»

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