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Œuvres complètes de lord Byron, Tome 08

Note (retour) — L'ILE,

Paulin Paris translation

9. Tandis qu'il la regardait avec admiration et reconnaissance, elle, pressant sur son cœur passionné l'amant qu'elle venait de sauver, accompagnait ses douces caresses d'un ancien conte d'amour; car l'amour est vieux, vieux comme l'éternité, quoiqu'il ne soit pas usé par tous les êtres qui furent, sont, ou seront un jour 54. Elle lui raconta comment il y avait bien mille lunes, un jeune chef, s'étant plongé dans ces profondeurs à la recherche de la tortue, en suivant les traces de sa proie, s'était trouvé dans la grotte qui leur servait d'asile; comment, quelque tems après, à la suite d'un combat sanglant, il y avait caché une fille du sol, qui devait la naissance à ses ennemis, ennemie trop chère, sauvée par sa tribu pour subir le sort des captifs; comment, lorsque les orages de la guerre furent calmés, il avait conduit sa tribu insulaire à l'endroit où les ondes étendent leur ombre épaisse et verdâtre sur l'entrée rocailleuse de la grotte, puis s'était enfoncé dans les flots comme pour n'en ressortir jamais, tandis que ses compagnons consternés, dans leurs barques, le croyaient fou, et tremblaient de le voir la proie du bleu requin. Plongés dans l'affliction, ils ramèrent tristement autour du rocher qu'entourait la mer, puis se reposèrent sur leurs pagaies avec abattement, lorsque tout-à-coup ils voient surgir des flots une fraîche déesse, telle elle leur apparut, du moins, dans la surprise et l'admiration dont ils furent frappés. Leur chef était à ses côtés, relevant la tête avec orgueil, heureux et fier de sa jeune sirène, de sa belle épouse, et comment, lorsque ses compatriotes reconnurent leur erreur, ils portèrent les deux époux sur le rivage, au son des conques marines, et de mille acclamations joyeuses; enfin, comment ils vécurent heureux et moururent en paix. Et pourquoi n'en serait-il pas de même de Torquil et de son épouse? Il ne m'appartient pas de décrire les caresses impétueuses, passionnées, qui suivirent ce récit, et qui firent de cet asile sauvage un séjour d'ivresse. Il suffit de dire que tout était amour, dans cette grotte aussi souterraine, aussi éloignée des regards des humains, que la tombe où Abailard, vingt ans après sa mort, ouvrit encore les bras pour recevoir le corps d'Héloïse descendu sous la voûte nuptiale, et presser contre son cœur ranimé ses restes de nouveau palpitans 55. Les vagues avaient beau murmurer autour de leur couche, leur mugissement n'était pas plus entendu que si la vie les eût abandonnés. Au-dedans d'eux, leurs cœurs formaient une délicieuse harmonie qui s'exhalait dans le murmure et les soupirs entrecoupés de l'amour.

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