Note (retour) — L'ILE,
Paulin Paris translation
19. En ce moment, celui dont on venait d'entendre la voix parut lui-même, et avec lui la brise aromatique du sud se chargea, non de ces parfums qu'elle recueille en passant sur une couche de violettes, mais de ces tourbillons de fumée qui aiment à se mêler aux vapeurs de l'eau-de-vie et du vin. Ils s'échappaient alors d'une pipe courte et fragile, mais qui avait porté ses émanations odorantes dans les deux zones, et toujours en action là où les vents soufflent et où la mer roule ses flots, avait exhalé sa fumée de Portsmouth au pôle, et opposant sa vapeur à la lueur éblouissante des éclairs, toujours calme et paisible, au milieu des montagnes de vagues, et dans toutes les variations d'un ciel inconstant, n'avait cessé d'offrir à Éole un perpétuel sacrifice. Et quel était celui qui la portait? Je puis me tromper, mais je le prendrais pour un marin ou pour un philosophe 46. Ô sublime tabac, qui de l'est à l'ouest charmes les travaux du marin et le repos des enfans de Mahomet; toi qui, sur l'ottomane du musulman, partages ses heures entre l'opium et ses femmes dont tu es devenu le rival; magnifique à Stamboul, moins noble mais non moins chéri dans Wapping ou le Strand, divin en Hookas, superbe dans une riche et brillante pipe dont l'ambre orne le bout; comme tant d'autres objets qui nous charment, si tu attires plus généralement les hommages revêtu de tout l'éclat de la parure, tes vrais adorateurs admirent bien davantage tes beautés sans déguisement. Donnez-moi un cigarre.