Note (retour) — À JOHN MURRAY.
Paulin Paris translation
M. Bowles, dans un endroit de sa réplique, prétend que Pope était jaloux de Philips, parce qu'il tourna ses pastorales en ridicule dans l'un des numéros du Gardien auquel il envoyait ses articles de ce genre, et qui par là est devenu un admirable modèle d'ironie. Si l'on avait pu envier à Philips quelque chose, ce n'eût pas été probablement ses pastorales. Elles étaient pitoyables, et Pope ne fit que publier son juste mépris. Si M. Fitzgerald livrait à l'impression un volume de sonnets, un esprit de découverte, ou bien un missionnaire, et que M. Bowles critiquât ses ouvrages dans un journal périodique, serait-ce un effet de sa jalousie? Les auteurs des Adresses rejetées 15 ont couvert de ridicule les seize ou vingt premiers poètes vivans, mais en étaient-ils jaloux? L'envie se démène avec violence, elle ne rit pas. Les auteurs des Adresses rejetées pouvaient bien faire peu de cas de plusieurs de ces poètes, mais ils ne pouvaient envier ceux qu'ils avaient ainsi parodiés, et Pope ne pouvait être plus jaloux de Philips qu'il ne le fut de Welsted, de Théobalds, de Smedley ou de tout autre héros de sa Dunciade. Il ne l'aurait pas été, quand lui-même n'eût pas été le plus grand poète de son siècle: M. Ings enviait-il M. Philips quand il lui demandait: «Pourquoi votre Pyrrhus conduit-il des bœufs et s'écrie-t-il: Je suis aiguillonné par l'amour?» Cette question interdit le pauvre Philips, mais elle n'était pas inspirée par l'envie, plus que la critique de Pope. Fut-il jaloux de Swift? Fut-il jaloux de Bolingbroke? Fut-il jaloux du succès inoui qu'avait obtenu l'opéra du Mendiant, de Gay? On nous répondra que tous ces grands écrivains étaient ses amis intimes; mais l'amitié prévient-elle toujours l'envie? Étudiez la première femme venue, où le premier écrivassier que vous rencontrerez, que M. Bowles lui-même (je le sais d'ailleurs exempt de ce vice odieux) étudie quelques-uns de ses amis poétiques: le plus envieux de tous ceux dont on m'ait jamais parlé est un poète et un grand poète. La jalousie est une passion universelle. Goldsmith non-seulement enviait les marionnettes pour leurs danses, et se déchirait les jambes dans l'espoir de faire aussi bien qu'elles; mais il éprouvait encore une peine sensible quand deux jolies femmes attiraient plutôt les regards que lui-même; et voilà l'envie: mais quand Pope donna-t-il des preuves de cette passion? Si l'exemple cité prouvait quelque chose, il faudrait donc également admettre que Dryden était jaloux des héros de son Mac-Flecknoe.