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Œuvres complètes de lord Byron, Tome 06

Note (retour) — ACTE V.

Paulin Paris translation

Ce n'est pas à l'homme que je parle, c'est au tems et à l'éternité dont je vais faire partie; vous, élémens de la matière que j'ai hâte de dépouiller, laissez ma voix dominer sur votre enveloppe, comme un pur esprit! Ondes bleues qui portâtes ma bannière, vents qui la gonfliez comme si vous la voyiez avec amour, et qui vous glissiez dans mes voiles déployées comme pour assister à de nombreux triomphes! terre natale pour laquelle j'ai répandu mon sang; terre étrangère que j'humectais avec tant d'ardeur de mes nombreuses blessures; monumens sur lesquels mon sang ne tombera pas, mais s'élèvera vers le ciel; firmament qui les recevras; soleil qui éclaires toutes ces choses, et toi enfin qui allumes et entretiens les soleils,--je vous atteste que je ne suis pas innocent;--mais ceux-ci sont-ils donc sans crimes? Je meurs, mais je serai vengé. Des siècles lointains flottent sur l'abîme du tems; mes yeux, avant de se fermer, y découvrent la sentence de cette altière cité, et je laisse à jamais sur elle et sur ses héritiers ma malédiction!--Oui, chaque jour rapproche silencieusement l'heure où celle qui construisit un boulevard contre Attila cédera elle-même et cédera bassement sous la main d'un bâtard Attila, sans même verser pour sa dernière défense autant de sang qu'en vont répandre ces veines déjà si souvent entr'ouvertes pour lui servir de bouclier.--Elle sera vendue et payée pour être l'apanage de ceux qui la mépriseront!--Elle tombera du rang d'empire à celui de province, du nom de capitale à celui de petite ville, avec des esclaves pour sénateurs, des mendians pour patriciens, des agens de prostitution pour peuple loc12. Alors, quand, en riant sur toi dédaigneusement, le Juif se promènera dans tes palais loc13, le Hun devant tes places orgueilleuses, et le Grec dans tes marchés; quand tes patriciens demanderont leur pain amer dans les rues les plus étroites, et rappelleront douloureusement leur ancienne noblesse comme un titre de plus à la pitié; alors, quand le petit nombre de ceux qui auront retenu quelques débris de l'héritage de leurs aïeux bourdonneront autour du lieutenant de quelque vice-gouverneur des rois barbares, jusque dans le palais où ils siégèrent comme souverains, jusque dans le palais où ils mirent à mort leur souverain; fiers de quelque reste de noblesse qu'ils auront avilie, ou nés de quelque femme adultère qui se sera fait gloire de s'être livrée au large gondolier, ou au soldat étranger; fiers d'une telle bâtardise qu'ils citeront avec complaisance jusqu'à la troisième génération;--quand les enfans seront placés au dernier échelon de l'existence, rendus par leurs vainqueurs les esclaves des peuples vaincus, méprisés des lâches par leur lâcheté plus grande encore, méprisés, même des hommes vicieux, pour des vices qui, dans leur énormité monstrueuse, ont porté à tous les codes de lois le défi de les décrire où de les nommer; alors, quand de l'île de Chypre, aujourd'hui soumise à ton empire, tu n'auras hérité que de sa honte pour tes filles; quand elles passeront dans le monde entier en proverbe pour leur infâme prostitution;--quand tu rassembleras dans tes murs toutes les calamités des nations conquises, le vice sans splendeur, le péché sans l'excuse de l'amour pour le farder; mais partout les habitudes de la plus grossière débauche, des libertins sans passion et livrés à cette froide et savante incontinence qui fait un art des dépravations de la nature;--quand tout cela et de plus grands maux encore pèseront sur toi, que ton sourire sera sans allégresse, tes divertissemens sans plaisir, ta jeunesse sans honneur, ta vieillesse sans respect; quand la faiblesse, l'inertie et le sentiment d'un malheur contre lequel tu ne pourras lutter, et trembleras de murmurer, auront fait de toi le dernier et le pire des déserts peuplés; alors, dans le dernier soupir de ton agonie, entourée de tes nombreux meurtriers, souviens-toi de moi! toi, caverne de gens qui ont soif du sang des princes loc14! prison des eaux, Sodome des mers, je te dévoue aux dieux infernaux, toi et ta race de vipère. (Ici le Doge se tournant vers le bourreau.) Esclave, fais ton office; frappe comme j'ai frappé l'ennemi! frappe comme j'aurais frappé ces tyrans! frappe aussi fortement que ma malédiction! frappe et d'un seul coup!

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