Note (retour) — NOTES
Paulin Paris translation
Loin,--loin,--il fuit, et mes regards étonnés le suivent à peine; et quoique, semblable à un démon de la nuit, il ait passé et se soit évanoui à ma vue, son aspect et son maintien ont laissé dans mon ame un souvenir de trouble et de confusion, et les pas retentissans de son coursier noir résonnent encore à mon oreille étonnée. Il pique vivement de l'éperon; il approche de ce rocher escarpé qui projette son ombre sur l'abîme; il en fait rapidement le tour; il galope sur ses bords. Le rocher l'eut promptement dérobé à ma vue, car je sentis bien que j'étais désagréable à celui qui cherchait à éviter tout regard indiscret; et il n'est pas une étoile qui ne paraisse trop brillante à celui qui s'échappe à une heure si étrange. Il s'éloigne rapidement; mais avant de disparaître, il lance un dernier regard en arrêtant un moment son coursier qui bondit, et respire un moment dans sa course ralentie; un instant il se dresse sur ses arçons.--Que regarde-t-il dans le bois d'olivier? Le croissant brille sur la colline; les hautes lampes de la mosquée brûlent encore: quoique trop éloigné pour entendre le bruit du lointain tophaïque g8 répété par l'écho, on aperçoit les éclairs de chaque joyeuse détonnation, qui prouvent le zèle des religieux musulmans. Ce soir, le dernier soleil du Ramazan s'est couché; ce soir commence la fête du Baïram loc2; ce soir--mais qui es-tu? qu'as-tu fait, toi, au vêtement étranger, au front terrible? Que te font ces jeux, ces fêtes, pour t'arrêter ainsi ou pour fuir?--Il s'arrête encore.--Quelque frayeur légère se peignait sur son visage; bientôt l'expression de la haine la remplaça. Elle ne se manifesta point avec la rougeur subite d'une colère passagère, mais avec une pâleur semblable au marbre de la tombe, dont la funèbre blancheur augmente encore les sombres teintes. Son front était penché, son œil avait un éclat vitreux; il leva son bras avec un mouvement menaçant de fierté, en frappant rudement de la main, ne sachant s'il devait retourner ou fuir. Impatient de sentir différer sa fuite rapide, le noir coursier pousse un lourd hennissement.--La main du cavalier retomba sur la garde de son sabre; ce hennissement a dissipé sa rêverie, comme le cri du hibou réveille un homme en sursaut.--L'éperon s'enfonce dans le flanc du coursier; il part avec la rapidité d'un djerrid g9 lancé dans les airs par une main puissante; le rocher est dépassé, et le rivage ne retentit plus de ses pas rapides; la crête est franchie, on ne voit plus le cimier et le front altier du chrétien. Ce n'était que pour un instant qu'il avait contenu l'ardeur de son vigoureux coursier; ce n'était que pour un instant qu'il s'était arrêté; et tout-à-coup il avait redoublé de vitesse comme s'il avait été poursuivi par la mort. Mais dans cet instant, des hivers de souvenirs semblaient avoir passé sur son ame, et rassemblé, dans cette seconde loc3 de tems, une vie de peine, un siècle de crimes. Pour celui qu'agitent l'amour, la haine, ou la crainte, un tel moment accumule toutes les douleurs passées. Alors qu'éprouva-t-il, l'inconnu, accablé qu'il fut par tout ce qui peut le plus déchirer le cœur? Cette halte qui décida sa destinée, oh! qui pourra mesurer sa durée terrible! Quoique, dans les registres du tems, elle soit comme imperceptible, elle fut une éternité pour sa pensée! car elle est infinie comme l'espace incommensurable, la pensée que le sentiment peut embrasser, et qui peut comprendre en lui-même des maux sans nom, sans espérance, ou sans fin!