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Œuvres complètes de lord Byron, Tome 05

Note NOTE 37 — NOTES

Paulin Paris translation

»Ah! laisse-moi errer comme le patriarche de l'Océan f37, ou ne connaître sur la terre que la demeure du Tartare f38! Ma tente sur le rivage, ma galère sur la mer, sont pour moi plus que des cités et des sérails. Porté par mon cheval à travers le désert, ou entraîné par ma voile au souffle du vent sur la mer orageuse; emporte-moi où tu voudras, toi, mon coursier! fais-moi voguer où tu voudras, toi, ma barque légère! Mais toi, sois l'astre bienfaisant qui guide le voyageur, ô ma Zuleïka! partage et bénis ma nacelle; sois la colombe de paix et d'espérance de ma destinée! ou, puisque l'espérance est refusée à ce monde de combats et de tribulations, sois mon arc-en-ciel au milieu des orages de ma vie. Sois pour moi le rayon du soir qui dissipe les nuages par un sourire, et teint les couleurs du matin d'un rayon prophétique! Heureuse et fortunée pour moi--comme les accens du Muezzin qui partent des murs de la Mecque, et arrivent au pèlerin pieux et prosterné à leur appel; douce--comme la mélodie des jours de la jeunesse qui dérobe une larme tremblante à la muette admiration; chère--comme les chants de la terre natale à l'oreille d'un exilé, sera ta voix bien aimée. Pour toi, dans ces îles brillantes et fortunées, j'ai préparé un asile aussi beau, aussi délicieux qu'Aden f39, aux premières heures de sa création. Un millier de glaives, sympathisant avec le cœur et le bras de Sélim, attendent--s'agitent--défendent--détruisent--à ton signal! Enveloppé par ma troupe, Zuleïka à mes côtés, la dépouille des nations parera ma fiancée. Les languissantes, oisives et molles années du harem peuvent bien être échangées pour des soucis,--pour des plaisirs comme ceux-là. Je ne m'aveugle point sur ma destinée; je vois, dans quelques lieux que je porte mes pas, dés périls innombrables; mais un seul, un seul amour! Oui, ce tendre cœur me récompensera bien de tous mes travaux, de toutes mes fatigues, quand même la fortune me serait contraire, ou que de faux amis me trahiraient. Qu'il m'est doux de rêver que, dans les heures les plus sombres de l'infortune, lorsque tout sera changé pour moi, je te trouverai toujours fidèle! Que ton ame, comme celle de Sélim, se montre ferme et courageuse; que l'ame de Sélim te soit chère comme la tienne; adoucissons mutuellement nos chagrins, partageons nos plaisirs, confondons toutes nos pensées,--mais que rien ne puisse jamais nous désunir! Une fois libres, c'est mon devoir de guider de nouveau notre bande; amis entre eux, les hommes qui la composent sont les ennemis des autres hommes. Et toutefois nous ne faisons que suivre le penchant que la nature fatale a assigné à la race guerroyante des hommes. Regarde! Là où son carnage, où ses conquêtes ont cessé, il y a fait une solitude et il la nomme--paix! Je veux, comme les autres, user de mon adresse ou de ma force, mais je ne demande pas plus d'espace de terre que la longueur de mon sabre: le pouvoir ne gouverne que par la division. --Sa ressource la meilleure, c'est l'alternative de la ruse ou de la violence! que cette dernière soit la nôtre. La ruse pourra venir en son tems, si nous nous laissons emprisonner dans les cages des villes pour vivre en société. Mais là ton ame pourrait faillir.--Que de fois la corruption n'a-t-elle pas séduit des cœurs que le péril n'avait pu ébranler! et la femme, plus que l'homme, quand la mort, les malheurs, ou même la disgrâce, ont frappé l'objet de son amour, égarée dans les voies du plaisir, la femme se livre au déshonneur!--Loin de moi tout soupçon! il ne souillera, point le nom de Zuleïka! Mais la vie est un hasard dans ce qu'elle a de plus heureux; et ici il ne nous reste rien à espérer, mais beaucoup à craindre. Oui! des craintes! le doute, la peur de te perdre par le pouvoir d'Osman, ou par la sévère volonté de Giaffir. Cette crainte s'évanouira avec la brise favorable que l'amour a promise cette nuit à ma voile. Aucun danger n'effraie les amans que son sourire a rendus heureux; leurs pas peuvent errer dans la vie, mais leurs cœurs ne changent point. Avec toi, tous les dangers, toutes les fatigues me seront douces; chaque climat aura des charmes; sur la terre,--sur l'océan,--notre univers sera dans nos bras! Oh! que les vents impétueux soufflent sur notre tillac, pour que ces bras me serrent plus étroitement! Le plus profond murmure qui s'échappera de ces lèvres ne sera point un soupir pour ma sûreté; mais une prière pour toi! La guerre des élémens ne peut effrayer l'amour dont le poison le plus redoutable est l'artifice des hommes; voilà les seuls écueils qui puissent arrêter notre course. Ici nous n'avons que quelques instans de dangers; là sont des années de naufrage! Mais loin de nous, sombres pensées qui présentez ces horribles images! Cette heure nous donne ou nous ôte à jamais la faculté de fuir. Je n'ai que peu de mots à ajouter pour terminer mon histoire, tu n'en as qu'un seul à dire pour que nous soyons bientôt séparés de nos ennemis; oui,--ennemis!--La haine de Giaffir pour moi s'éteindra-t-elle? et Osman, qui voudrait nous séparer en t'arrachant à moi, n'est-il pas le tien?

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