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Œuvres complètes de lord Byron, Tome 04

Note (retour) — L'AGE DE BRONZE.

Paulin Paris translation

6. Mais il n'en sera pas toujours de même:--l'étincelle a brillé:--voici que l'Espagnol basané ressent ses anciennes ardeurs; ce même courage qui repoussa les Maures durant huit cents longues années de mutuels massacres, le voilà qui renaît,--et où donc? sous ce climat de vengeance où jadis l'Espagne fut un synonyme du crime, où Cortès et Pizarre portèrent leurs bannières; le jeune continent renie enfin son nom de Nouveau-Monde: c'est le vieil esprit d'indépendance qui ranime de son souffle brûlant les ames de ces corps dégradés, tel qu'autrefois il chassa le Perse loin du rivage où la Grèce a été:--mais, que dis-je? la Grèce revit à cette heure. Une cause commune rassemble en myriades unanimes les esclaves de l'est ou les îlotes de l'ouest: déployé sur les cimes des Andes et de l'Athos, le même étendard brille sur l'un et l'autre monde; l'Athénien ressaisit l'épée d'Harmodius, le guerrier du Chili abjure son maître étranger; le Spartiate se reconnaît encore pour Grec; la liberté naissante orne le cimier des Caciques. Vainement les despotes, qui débattent leurs intérêts sur l'autre bord, ferment l'oreille aux rugissemens de l'Atlantique réveillée: le flux impétueux s'avance par le détroit de Calpé 219, chemine légèrement à travers la France, terre à demi domptée, fond sur le berceau de l'antique Espagnol, et tente d'unir l'Ausonie à l'immense Océan: mais, éloigné de là pour un moment, et non pour toujours, il envahit la mer Egée, qui se rappelle le jour de Salamine.--C'est là, oui, c'est là que les vagues se soulevèrent, et non point pour être endormies par les victoires d'un tyran. Les peuplades isolées, perdues, abandonnées dans leurs pressans dangers par les chrétiens à qui elles donnèrent leur foi, les campagnes désolées, les îles ravagées, les discordes nourries, la fraude encouragée, les promesses de secours adroitement éludées, et tous ces froids délais de plus en plus prolongés dans l'unique espérance de s'assurer une proie,--voilà ce qui parlera assez haut, voilà comment la Grèce fera voir qu'un ami perfide est pire que l'ennemi le plus furieux. Mais c'est très-bien: la Grèce seule doit délivrer la Grèce, et non pas le barbare avec son masque de paix. Comment l'autocrate pourrait-il tout à la fois régner sur un parc de serfs, et rendre aux nations la liberté? Mieux vaut encore servir le hautain Musulman, que de grossir la caravane pillarde des Cosaques; mieux vaut travailler pour des maîtres, que de veiller, esclave des esclaves; devant la porte d'un château russe;--d'être dénombrés par troupeaux, traités comme un capital d'hommes, comme un immeuble vivant qui n'existe que pour l'esclavage, et donnés par milliers au premier courtisan qui sut capter la faveur du czar, tandis que le propriétaire immédiat ne goûte jamais le sommeil sans 220, songer aux déserts de la Sibérie. Ah! mieux vaut cent fois succomber à son désespoir; plutôt conduire le chameau que devenir le pourvoyeur de l'ours!

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