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Œuvres complètes de lord Byron, Tome 04

Note (retour) — DISCOURS

Paulin Paris translation

A l'époque dont je parle, la ville et le comté étaient chargés de considérables détachemens militaires; la police était en mouvement, les magistrats assemblés, cependant tous les mouvemens de la justice civile et de la force militaire n'ont abouti à rien. Il ne s'est pas présenté un seul exemple d'arrestation, d'un malfaiteur pris réellement en flagrant délit; il n'y a donc pas eu un seul individu contre lequel il existât des preuves légales, suffisantes pour le faire déclarer coupable. Mais la police, quoique inutile, n'était point demeurée oisive: plusieurs individus notoirement coupables, avaient été découverts; hommes atteints et convaincus, avec la plus grande évidence, du crime capital de pauvreté; hommes qui avaient le tort affreux d'avoir légitimement engendré un grand nombre d'enfans, que, grâces à la dureté des tems, ils étaient incapables d'entretenir. Un dommage considérable avait été fait aux propriétaires des métiers perfectionnés; ces machines leur étaient avantageuses, en ce qu'elles leur permettaient de renvoyer un assez grand nombre d'ouvriers, qui, par conséquent, se trouvaient réduits à mourir de faim. Par exemple, par l'adoption d'une certaine espèce de métier, un homme faisait la besogne de plusieurs, et les travailleurs superflus étaient dépourvus d'emploi. Cependant il est digne de remarque, que l'ouvrage ainsi exécuté était de qualité inférieure, qu'il ne pouvait se vendre dans l'intérieur du royaume, et n'était fabriqué que pour l'exportation. Il était désigné, dans l'argot commercial, par le nom d'œuvre d'araignée 280. Les ouvriers renvoyés, dans leur aveugle ignorance, au lieu de se réjouir de ces progrès dans les arts si utiles à l'humanité, pensèrent qu'ils allaient être sacrifiés aux progrès des mécaniques. Dans la simplicité de leurs cœurs, ils imaginèrent que l'existence et le bien-être des pauvres industrieux étaient des objets d'importance plus grande que l'accroissement de la fortune d'un petit nombre d'individus par le moyen de machines perfectionnées, qui ôtaient aux ouvriers leur emploi, et mettaient le travailleur hors d'état de gagner son salaire. Et l'on doit l'avouer, quoique l'adoption des mécaniques, dans l'état de prospérité commerciale dont notre patrie s'enorgueillissait naguère, ait pu être avantageuse au maître sans causer aucun détriment au serviteur, néanmoins, dans la situation actuelle de nos manufactures, dont les produits pourrissent dans les magasins sans espoir d'exportation, les métiers de cette espèce tendent matériellement à aggraver la détresse et le mécontentement de ceux qui souffrent. Mais la cause réelle de la détresse et des troubles qu'elle engendre est située plus haut. Quand on nous dit que ces hommes sont ligués non seulement pour la destruction de tout ce qui fait leur propre aisance 281, mais encore de leurs moyens de subsistance, pouvons-nous oublier que c'est la désastreuse politique, le funeste état de guerre des huit dernières années, qui à détruit leur aisance, la vôtre, et celle de tout le monde? Politique, qui, née avec de grands hommes d'état qui ne sont plus, a survécu à la mort de ces hommes, pour devenir une source de malédictions pour les vivans, jusqu'à la troisième et la quatrième génération! Les ouvriers ne détruisirent jamais leurs métiers avant que ces métiers ne fussent devenus inutiles, et pis qu'inutiles, avant qu'ils ne fussent devenus un obstacle immédiat au travail nécessaire pour gagner leur pain quotidien. Pouvez-vous donc vous étonner, que dans des tems comme ceux où nous vivons, lorsque des banqueroutiers, des hommes convaincus de fraude, accusés de félonie, se rencontrent dans une position sociale fort peu inférieure à celle de vos Seigneuries; pouvez-vous, dis-je, vous étonner que la plus basse classe du peuple, qui n'en est pas moins une classe fort utile, oublie son devoir, et devienne coupable à un moindre degré que tel ou tel de ses représentans? Mais, tandis que le coupable de haut rang peut trouver le moyen de mépriser la loi, de nouvelles peines capitales doivent être imaginées, de nouveaux piéges de mort doivent être tendus contre le malheureux ouvrier que la faim a poussé au mal.

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