Note (retour) — DISCOURS
Paulin Paris translation
Quelques personnes ont comparé les catholiques au mendiant de Gil Blas. Qui les a faits mendians? de qui la dépouille de leurs ancêtres a-t-elle grossi les richesses? Et ne pouvez-vous soulager le mendiant que vos pères ont réduit à un tel état? Si vous êtes disposés à le soulager tout-à-fait, ne pouvez-vous accomplir cette œuvre sans lui jeter vos deniers 292 au visage? Toutefois, pour faire contraste à cette misérable bienfaisance, considérons les écoles protestantes de charité 293; vous leur avez récemment alloué 41,000 liv. 294. C'est ainsi qu'elles sont entretenues; et comment sont-elles recrutées? Montesquieu fait observer à l'égard de la constitution anglaise, qu'on en peut trouver le modèle dans Tacite, là où l'historien décrit les institutions politiques des Germains; et ce publiciste ajoute: «Ce beau système fut tiré des forêts.» Pareillement, en parlant des écoles protestantes de charité, on peut faire observer que ce beau système fut tiré des Bohémiennes. Comme se recrutaient les Janissaires au tems de leur enrôlement sous Amurat, comme les Bohémiennes de l'époque actuelle se recrutent encore avec des enfans volés; ainsi ces écoles se recrutent avec des enfans séduits, et dérobés à leurs familles catholiques, par leurs riches et puissans voisins protestans. Cela est notoire, et un seul exemple peut suffire pour montrer de quelle manière cela se pratique. La sœur de M. Carthy (gentleman catholique fort riche en biens fonds) laissa en mourant deux filles qui furent immédiatement désignées comme prosélytes, et conduites à l'école de charité de Coolgreny: leur oncle, à la nouvelle de ce fait, qui avait eu lieu pendant son absence, réclama la restitution de ses nièces, et offrit de transférer une partie de ses biens sur la tête de ses deux parentes. Sa demande fut rejetée, et ce n'est qu'après une lutte de cinq années, et grâce à l'intervention d'une haute autorité, que ce gentleman catholique obtint que deux jeunes filles, qui lui étaient si étroitement liées par les droits du sang, sortissent de l'école de charité, et lui fussent rendues. Voilà de quelle façon l'on se procure des prosélytes que l'on mêle aux enfans de tous les protestans qui peuvent avoir recours au bénéfice de cette institution. Et quelle instruction leur est donnée? On leur met entre les mains un catéchisme, qui est composé, je crois, de quarante-cinq pages, et dans lequel il y a trois questions relatives à la religion protestante. L'une de ces demandes est celle-ci: «Où était la religion protestante avant Luther?» Réponse: «Dans l'Évangile.» Il reste quarante-quatre pages et demie qui concernent la damnable idolâtrie des papistes.