Note 5 — Front matter
Pierre Leroux translation
Faust ne parut pas précisément cette année; mais Gœthe le composait presque en même temps que Werther. Il avait publié, l'année précédente, Gœtz de Berlichinyen. Ces trois ouvrages, qui se pressent dans l'esprit de Gœthe, âgé de vingt-cinq ans à peine, montrent bien le puissant démon qui l'obsédait alors, et ont entre eux une étroite liaison. Mécontent du présent, et ne pouvant se reposer dans aucune croyance, Gœthe se retourne d'abord vers le passé, et il ébauche un modèle de ses créations gothiques que Walter-Scott et son école reprendront longtemps après et traiteront avec tant de calme et de froide patience. Mais ce n'est pas la exprimer sa vie; ce n'est là qu'une œuvre de mémoire, pour ainsi dire, et d'érudition. Il tente donc l'art actuel: il se peint lui-même avec toute sa fougue dans Werther, et ouvre ainsi à distance la carrière où Byron et tant d'autres doivent le suivre. Cependant, pour ne pas mourir avec son héros, Gœthe se fait une résolution: il sera artiste avant tout. Décomposant alors son âme en deux, c'est-à-dire idéalisant en deux personnages l'esprit du bien et l'esprit du mal, l'esprit qui en lui cherche l'avenir, et l'esprit qui lui dit que ses espérances sont des rêves, l'esprit qui souffre et qui aime, et l'esprit qui n'aime pas, il place Méphistophélès à côté de Faust, et son œuvre principale fut terminée[6].