Note 248 — CHAPITRE X.
Dr. (Nicolas) Perron translation
Cette explication, beaucoup trop abrégée, a été complétée de vive voix, par le cheykh, de la manière suivante.
Lorsqu’en suivant le procédé que nous venons d’indiquer, on a extrait, par la réunion de ce qui reste à la fin de chaque ligne, la figure qui résulte de ces restes, on recommence sur quatre nouvelles lignes de fossettes tracées comme les premières, au hasard et sans compter. On extrait, par le même procédé, une seconde figure, qu’on pose, en l’extrayant, à gauche de la première. D’une troisième collection de quatre lignes de points ou fossettes tracées aussi au hasard sur le sable, on retire encore une troisième figure qu’on pose aussi à gauche de la seconde. Enfin, d’une quatrième série de quatre lignes de fossettes, on obtient, toujours de la même manière, une quatrième figure, qu’on place à son tour à gauche de la troisième. Mais dans tous les comptes, mouvements et tracés, il faut toujours aller de droite à gauche ; il n’y a que pour la pose des quatre lignes premières, qu’on trace au hasard pour chaque opération nouvelle, qu’on va de gauche à droite.
En opérant successivement sur quatre collections de quatre lignes primitives de fossettes, on obtient quatre figures dont chacune représente nécessairement une des seize dont parle le cheykh. Ces quatre figures, écrites, comme nous venons de le dire, à côté l’une de l’autre, sont ensuite soumises à une nouvelle opération. Supposons que ces quatre figures soient les suivantes : 1, 2, 3, 4.
![[Illustration]](/illustrations/db9b6b3662fbb150.jpg)
On en extrait d’abord deux autres figures, 5,6, de cette manière-ci : On compare ces quatre premières figures, deux par deux, et ligne après ligne ; puis on écrit au-dessous des deux figures qu’on compare, et vis-à-vis de leur espace de séparation, le plus petit nombre de points que présente l’une ou l’autre des deux que l’on compare. Ainsi, on prend le point du sommet de nos deux premières, et comme elles n’ont chacune qu’un point, on marque un point à la place qui est sous le 5. On prend ensuite les sommets des figures 3 et 4, et on trace le plus petit nombre de points de ces deux sommets, c’est-à-dire un point sous la place indiquée par le 6. On passe à la seconde ligne de points des quatre premières figures, et, comme les deux premières de ces figures ont chacune deux points à leur seconde ligne, et que le moindre de ces deux est deux, on trace horizontalement deux points sous le premier point qui est déjà au-dessous du 5. Dans les deux figures 3 et 4, comme chacune d’elles à un point seulement à sa seconde ligne, on en pose un sous celui qui est déjà sous le 6. On passe à la troisième ligne des points des quatre figures 1, 2, 3, 4, et comme la première et la deuxième ont chacune deux points, et qu’on trace toujours le moindre nombre de ces points, il faut alors poser sous les trois points premiers du 5, deux autres points à côté l’un de l’autre. Par le même procédé, on a un point à poser sous les deux qui sont déjà placés sous le 6. Enfin, on agit sur la dernière ligne de points des quatre figures, et d’après la manière que nous venons d’indiquer, nous avons pour extrait dernier des deux premières figures, un seul point que nous posons sous les cinq qui sont placés au-dessous du 5 ; et pour les deux figures 3 et 4, leur ligne d’en bas donne à poser deux points que nous plaçons sous les trois points déjà présents sous le 6.
Nous avons donc extrait deux nouvelles figures, 5 et 6. De ces deux nouvelles figures on en extrait une dernière par le même procédé qu’on a suivi pour obtenir les figures 5 et 6. Dans le cas supposé ici, la figure dernière arrive à être la figure 7, c’est-à-dire la première des seize, ou le tarycah. C’est cette figure finale sur laquelle se donne l’interprétation divinatoire.
Lorsque le cheykh m’expliquait le procédé d’extraction des figures du dharb el-raml, le cheykh Aly-el-Adaouy, un des réviseurs des traductions à l’École de médecine, entra chez moi. Ce cheykh, menacé d’être dépouillé de son emploi, venait me prier d’intercéder pour lui auprès du ministre de l’instruction publique. Il aperçut sur un papier plusieurs figures qu’avait extraites mon cheykh El-Tounsy. Aly-el-Adaouy nous demanda ce que signifiaient ces divers groupes de points ; nous lui dîmes : « Ce sont des figures de divination. — Eh bien ! reprit le cheykh Aly-el-Adaouy, cherchez donc à me prédire ce qui va m’arriver, faites-moi connaître si je garderai ou non ma fonction à l’École de médecine. — Voilà plusieurs figures, dit le cheykh El-Tounsy ; prononce le nom de Dieu ; récite le Fathah (sourate d’introduction du Coran), et pose ensuite le doigt sur une de ces figures. » Le cheykh Aly-el-Adaouy suivit la prescription, et mit le doigt sur une des figures ; c’était celle de l’idjtimâ, la cinquième. Et de suite le cheykh El-Tounsy annonça à son confrère le succès de mes démarches. Le lendemain, j’allai au ministère. Le cheykh Aly-el-Adaouy était déjà rayé du personnel de l’École. Je parlai au ministre. Deux jours après, nous sûmes que le cheykh était rendu à ses fonctions. — Nous avons beaucoup ri de la puissance prophétique des devins. Mais mon cheykh, malgré toute son intelligence, a grande foi dans les données de la science divinatoire. Au reste, il n’y a pas bien longtemps que cette crédulité a cessé en Europe, où l’on est plus avancé de deux siècles qu’en Orient ; encore n’est-elle éteinte qu’en partie.
P.