Note 7 — VOYAGE A MONTBARD
Reading edition
A l’égard de ces complaisans, de ces courtisans, de ces adorateurs, j’ai une réflexion à faire, que je n’ai trouvée nulle part : outre qu’il est bien difficile à un grand homme de vivre sans cette espèce de cercle qui s’attache à lui naturellement, soit par la curiosité, soit par l’admiration, par l’envie de l’imiter, comme font les jeunes gens, soit par la vanité et l’idée que l’on est quelque chose, lorsque l’on tient du moins à un grand homme, ne pouvant l’être soi-même, pour moi je ne suis pas révolté de voir un tel homme aimer à être entouré. Je ne dirai pas seulement : c’est une consolation de ses efforts, un adoucissement à ses fatigues, une ressource qui lui rappelle sans cesse sa gloire au milieu même de ses maux et de ses souffrances ; je dirai plus : c’est un encouragement même pour ses études, et il seroit possible qu’il en reçût une nouvelle facilité. Ces admirateurs vous rappellent sans cesse la présence de votre génie et de votre grandeur. D’ailleurs, il est de fait que l’on a plus de supériorité avec ses inférieurs eux-mêmes. On a remarqué que la conversation devenoit plus riche, plus libre, plus abondante ; il y a plus d’aisance dans les manières, et la liberté y fait beaucoup. Ainsi, loin de trouver une petitesse dans le cortège qui peut environner un homme célèbre, j’y découvre souvent une excuse et un moyen d’être fidèle à sa renommée.