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Voyage à Cayenne, dans les deux Amériques et chez les anthropophages (Vol. 1 de 2)

Note 20 — TROISIÈME PARTIE.

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»Il devoit sa fortune à son archet; les dames de France l'ayant appellé pour jouer, il brisa son violon, disant que le talent étoit fils de la liberté. Madame Chanvalon l'ayant prié un jour de jouer à sa considération, il se leva brusquement de table, et ne reparut plus de huit jours. Après cette boutade, il vint à un grand repas où un célèbre musicien étoit invité. Des violons étoient suspendus çà et là dans le salon où il n'y avoit encore personne; il pince les cordes, en trouve un à sa fantaisie, s'enferme seul dans un cabinet, et joue jusqu'à la moitié du dîner. Il s'enfermoit souvent dans les casernes pour divertir les ouvriers, et cessoit à l'instant où un amateur s'arrêtoit pour l'écouter[20]. Il ne se piquoit de talent qu'avec son égal ou avec son maître. Un jour, en passant dans la rue Coquillière à Paris, il entend un musicien qui essayoit le menuet qu'il avoit composé. Il monte, lui dit d'un air niais, «M., je voudrois me perfectionner dans le violon, me donneriez-vous quelques leçons?» L'autre accepte la proposition; Tardisien demande un instrument, manie son archet comme un écolier, et feint de s'accorder avec son maître qui met le menuet sur le pupitre, en disant, «Voilà un morceau bien difficile à exécuter.» Tous deux essaient un moment; après quelques coups d'archets, l'écolier tourne le dos au pupitre, et joue le menuet en compositeur.—Vous êtes Tardisien, ou le diable,» dit l'autre en jetant son violon; Tardisien gagna la porte, et laissa un louis pour sa leçon.

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