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Voyage à Cayenne, dans les deux Amériques et chez les anthropophages (Vol. 1 de 2)

Note 2 — MA VIE ET LES CAUSES DE MON EXIL.

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D'après ces réflexions, je me levai un jour à quatre heures du matin; je venois de faire imprimer des couplets contre l'agiotage; je vais les vendre; j'étois confus, mais il falloit manger. Je me mets à chanter: des pleurs rouloient dans mes yeux, pendant que le sourire s'épanouissoit sur mes lèvres. À six heures j'eus gagné cent écus en papier, et je retournai à l'assemblée. Ceux qui travailloient à d'autres journaux, dans la même loge que moi, se trouvoient heureux de partager mon pain; mais la manière dont je le gagnois, donnoit matière à un rire caustique qui me déplut. Au bout de quinze jours je cédai la place, et les laissai jeûner glorieusement. Au reste, la mauvaise honte et la crainte firent place à la tranquillité et à une vie pénible, mais moins austère. La multitude s'accoutuma à m'entendre; on me chercha une origine. Je m'étois prononcé contre les anarchistes: ceux-ci, pour me perdre, inventèrent sur mon compte cent fables plus honorables les unes que les autres. D'abord, ils me firent prêtre, pour avoir droit de me faire proscrire; puis attaché à la maison de Rohan; ensuite évêque, confesseur de nonnes[2], gouverneur de l'enfant d'un grand seigneur. J'ai donné l'énigme de toutes ces exagérations, en offrant l'analyse de ma conduite, imprimée, six mois avant mon exil, dans le Chanteur ou le Préjugé vaincu.

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