Note 2 — Sensations d’Aurillac…
Reading edition
C’est de la fin du neuvième siècle, du commencement du dixième siècle, où naquit le comte Géraud, où fut fondée son abbaye (d’où devait sortir, entre tant d’autres grandes figures, celle de l’universel Gerbert) que date authentiquement la vie de la cité qui s’aggloméra autour du célèbre monastère… Jusque-là, il n’apparaît pas irréfutablement qu’Aurillac ait existé : quelques monnaies rencontrées dans des fouilles peuvent faire présumer une station romaine, sous les empereurs, sous Marc-Aurèle ou Aurélien, d’où l’étymologie… Mais il n’en est question nulle part dans la guerre des Gaules. Quant à l’époque franque, pas d’autres traces que celle-ci : une croix — en face de l’énorme tilleul de Sully — la « Croux Malli » qui indiquerait l’endroit où se tenait le mal ou mallus, sorte d’assemblée judiciaire ! Maigre témoignage ! Mais depuis saint Géraud, le chef-lieu actuel du Cantal peut prouver, par pièces et archives, la suite de ses destinées, ses annales heureuses et non, tour à tour ; splendeur de l’abbaye dont la science brille si puissamment sur la chrétienté ! En effet, le roi Robert, fils de Hugues Capet, s’y rendait en pèlerinage ; le pape Urbain II en consacrait l’église, en revenant de prêcher à Clermont la première croisade ; le souverain pontife Calixte II y séjourna ; au treizième siècle, un couvent des Cordeliers s’y établit, qu’inaugura saint Antoine de Padoue. Mais tout ce puissant éclat s’est terni aux luttes pour les franchises communales, toute cette fortune périclite et s’abîme aux guerres des Anglais, aux pillages qui, longtemps après, continuèrent de désoler le pays, aux guerres de religion enfin : prise et sac de la ville par les huguenots, destruction du monastère et des couvents, effroyable revanche de la Saint-Barthélemy ; désormais, l’histoire d’Aurillac n’a plus guère d’autres éphémérides que celles de la province et du royaume…