Note 57 — PRÉFACE.
Reading edition
Le neufiesme de juillet luy fut notifié deux sentences, l'une pour les fautes qu'il avoit contre le civil, et l'autre à cause du crime de lèse-majesté; par icelle liberté luy fut donnée, parceque le procureur fiscal qui l'avoit accusé complice de la mort de dame Marguerite d'Austriche, reyne d'Espagne[57], ne peut en faire preuve vallable; mais pour les assassinats de dom Alphonso de Caravajal, reverend père Christofle Suarez, de la compagnie de Jesus, Pedro Cavallero et Pedro del Camino; pour l'emprisonnement et mort d'Augustin de Avila, vivant sergent en la cour, et tout ce qui se passa en sa mort, et même pour avoir commis et fait faire l'assassinat contre la personne de Francisco de Xuara, par les mains d'un sergent de compagnie nommé Juan de Gusman, et pour avoir impetré de Sa Majesté (lequel est en gloire) remission de ses delictz, faussetez et mensonges, fut condamné que, de la prison où il estoit, il seroit mené sur une mule sellée et bridée (qui est l'ordre de mener les criminels de qualité, car les autres on les meine sur des ânes), avec un crieur, lequel publieroit ses fautes, et de ceste sorte seroit mené par les rues accoustumées de la ville, et conduit au lieu patibulaire, au quel lieu il seroit pour cet effect dressé un theatre, et que sur iceluy il seroit degorgé (qui est la manière comme sont punis les criminels de qualité, car on ne décolle par derrière que les traistres); et par sa sentence civile, laquelle l'on dit contenir deux cens quarante-quatre delicts, a esté condamné à un milion deux cens cinquante mil ducats, et pour chapitre final, où fut remis beaucoup d'offences touchant le dit civil, a esté condamné à tous et tels offices, tiltres, dons et choses qu'il possédoit, et en tout son vaillant, sans faire mention de ses enfans, qui sont deux masles, et tout cecy il entendit avec une grande generosité de cœur, se remettant entre les mains de Dieu. Pour le diffinitif de la sentence, et pour estre bien examinée, fut nommé d'avantage les juges que cy-dessus, desquels dom Rodrigo en recusa quelques uns, et à cause d'icelle recusation en fut nommé d'autres; il fut declaré ignoble, parquoy il fut condamné à douze mil maravedis, qui est une amende que doivent les criminels de qualité. Et pour n'avoir les juges approuvé le consentement de la mort de la reyne, quelques jours après ses advocats et procureurs appelèrent que la sentence ne s'executast, parceque la loy du pays ne permet d'executer les sentences criminelles le mesme jour, ains les laissent quelque espace de temps pour avoir recognoissance de leurs fautes. Si tost qu'icelle sentence lui fust notifiée, l'on donna permission à tous religieux de le visiter, et le disposer de se resoudre à la mort; ce que voyant s'y resoult. Il diminue donc son manger, ne dort en lict, et se règle du tout à penitences et disciplines. Il passoit les jours à plorer ses pechez et offences, et les nuicts à oraison, demandant pardon à Dieu. Sa penitence estoit si grande, que par plusieurs fois frère Gabriel du Sainct-Esprit, religieux de l'ordre des carmes (exemple de toute religion), lequel l'assistoit journellement, le reprint d'une si grande cruauté qu'il usoit sur son corps, tant en jeusnes, disciplines, mortifications de chair, comme d'oraisons et repentance de ses pechez, et outre plus une grande patience de ses maux, lesquels il representoit à Dieu pour la diminution de tous ses pechez. Pendant ce temps, il se confessa et communia par plusieurs fois, non jamais sans avoir les yeux baignant en pleurs.