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Variétés Historiques et Littéraires (01/10)

Note 245 — PRÉFACE. (continued 3)

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Voicy le siècle methodique Où l'on voit la belle pratique De servir Dieu mondainement Et d'estre mondain sagement. Il faut hanter les monastères Et sçavoir en toutes matières De nos devostes le babil; Avoir un directeur subtil Quy vous enseigne la méthode De vous confesser à la mode; Quy entende le compliment, Et surtout qui soit indulgent; Qu'en des scrupules ne vous mette, Ains que plustost il vous permette Poudres et frisons et bouquetz, Et tous les petits affiquetz, Pour, d'une façon non commune, Quy n'est nullement importune, Pratiquer la devotion En diverse condition, Chacun selon sa fantaisie, Sans qu'il faille (quoy que l'on die), Se priver du contentement Qu'on prend à son habillement: Car, pour estre un peu bigarrée Et à la mode apropriée, Cela n'empesche nullement De vivre bien devotement. La gorge honestement ouverte, D'un petit quintain[245] clair couverte, Lequel, se tournant à tous coups, Monstre ce qu'il y a dessoubz. Pierres brillantes, pierreries, Ce sont de pures resveries D'un faible cerveau, quy a dict Qu'on cognoit le moine à l'habit. Si parfois on a l'ame atteinte De quelque devotion feinte, Il faut avec humilité Reclamer la divinité. Lors à dix heures on s'esveille, Et de bonne heure on s'apareille Pour se confesser de bon cœur Et recepvoir son createur. On se met au confessionnal Avec un maintien fort esgal, Puis la petite coiffe claire Sert d'ornement à tout l'affaire, Quy, encore qu'avec les yeux, Elle cache aussi les cheveux. C'est une methode si belle, Qu'on peut jouer de la prunelle Et facilement regarder Ce quy peut le plus contenter. A tout cecy l'on trouve excuse Et d'un terme souvent on use: C'est que la bonne intention Rend parfaite toute action. Ainsi la femme mariée Pour son mary sera parée, Quy ne s'en soucie nullement; Plustost le mecontentement Qu'il a de sa grand braverie Forge en son cœur la jalousie. La fille doit se faire veoir, Si elle veut bien se pourveoir; Il faut qu'elle se rende aimable, Afin qu'estant plus desirable, Quelque party advantageux Contente son cœur courageux. Mais, las! la pauvrette, trompée, A la fin du jeu est pipée Par quelque trop leger amant: Car il arrive rarement Que les hommes, pleins de malice, S'attrapent par cest artifice; Ils cherchent de l'argent content Et se donnent au plus offrant. Mais si quelqu'une plus zelée Et d'un saint desir attirée Veut prendre avec humilité L'habit, en sa simplicité, Je luy donneray pour modelle En la vie spirituelle Des sainctes devostes d'humeur La modestie et la douceur, Et surtout la grande prudence Quy reluit dans leur excellence, La coiffe et les petits colletz, Les grands croix et gros chappeletz; Gaigner toujours quelque indulgence Pour adoucir sa penitence, Visiter fort les capucins, Les minimes, les jacobins, Principalement les jesuites, Pour estre bonnes casuistes; Mepriser la mondaineté Et blasmer fort la vanité, Cheminant la veüe baissée D'une façon mortifiée, Delaissant en cette façon Toute la pompe à la maison, Car les belles tapisseries, Les lits de soie, les broderies, Avec les vaisselles d'argent, C'est leur commun ameublement. Il court encore une manie De certaine theologie Pour asseurer l'entendement De ceux quy vont plus simplement, Ne sachant encor la pratique Comme on peut, en bon catholique, S'accommoder du bien d'autruy, Pourveu que Dieu en soit servy Et que pour nous ils fassent croire Que c'est pour sa plus grande gloire, Bien que par son commandement Il le desfende absolument. Par la voye extraordinaire, Sans doute cela se peut faire, Car les bons theologiens Sont savants méthodiciens Et trouvent par leur suffisance Que c'est en bonne conscience. S'il entre dans quelque famille Quelqu'enfant qui soit malhabille, Aussi tost il est destiné Et par arrest predestiné Qu'il sera bon ou mauvais moine, Afin que de son patrimoine On fasse une meilleure part A ceux quy n'auroient que le quart; Ou s'il advient qu'on apprehende Des filles la charge trop grande, Par forme de devotion, On les met en religion. Mais c'est plus tost un bon menage[246] Pour espargner leur mariage; On forcera leur volonté Pour les mestre en captivité, Dessoubz une reigle asservies, Dont elles n'auront nulle envie. Il faut parler avec honneur De nos evesques de faveur, Dont l'evesché est en tutelle Pendant qu'ils sont à la mamelle, Et, sans prolonger, sont mittrez Auparavant d'estre sevrez. Chacun a plusieurs abbayes Priorez et commanderies, Comme l'on voit les seculiers Avoir des femmes à milliers. Une favorable dispense Vous donnera toute l'essence D'estre abbé, evesque ou curé, Sans qu'on soit escolier juré, Ny qu'on sache en nulle manière Dire service ou brevière; L'assistance d'un suffragant, Va tout cela accomodant. Je n'en veux dire davantage, Mettant mon perroquet en cage, Ne croyant, sauf meilleur advis, Qu'on aille ainsy en Paradis, Si Dieu, par un miracle estrange, Selon la mode ne se change.

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