Note 97 — PRÉFACE. (continued 2)
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Il n'y a rien plus vray que ce proverbe doré, et souvent recité par la bouche des hommes lettrez, par lequel il est dit que la conscience est plus que mille tesmoings, chose indubitablement aperte et manifeste en celuy qui se sent coulpable en soi-mesme, et qui a quelque ordure en sa fluste, comme l'on dit, lequel est tellement bourrellé en sa conscience cauterisée et vitieuse et esprouve jour et nuit de telle sorte les furieux assaux des sœurs Eumenides, qu'il luy est presque impossible de reposer asseurement sur l'une et l'autre oreille, estimant, par une deffiance trop demesurée, qu'à chaque bout de champ on tient propos de luy, et que tout ce qui se faict et passe est fait à son prejudice, confusion et desavantage, ce qui a esté pour vray remarqué et practiqué depuis deux ou trois moys en çà à l'endroit, je ne diray plus des politiques protestans pretendus et reformez de la ville de Genève, mais je diray pour adroit et useray du mot plus usité des huguenots, auxquels il faut imposer un nom nouveau, les appellant Henrions, diction insigne et memorable, à raison de son etymologie; et si quelqu'un demandoit: Pourquoy sont-ils dignes de telle appellation? il faudroit dire: Pour l'intelligence qu'ils ont toujours eüe avec les Henrys[97], ennemis de l'Eglise catholique, apostolique et romaine. Or, pour reiterer nostre propos, ce que dessus a esté merveilleusement bien experimenté en ces crapaux immondes et sales animaux nourris et alimentez des eaux infectes et puantes du lac de Genève: car, si tost que le roy catholique eut conjoinct sa fille du lien stable et indissoluble de mariage avec le genereux et bien zelé prince de Savoye[98], alors ils commencèrent d'entrer en je ne sçay quelle deffiance et soupçon d'esprouver bien tost combien est valeureux en faict de guerre un tel prince et combien poise son bras fort et belliqueux; et, pour se delivrer de telle crainte, ils firent quelque levée, et, par certaine surprise et subtil stratagème, saisirent le fort de Ripaille[99], appartenant au magnanime duc de Savoye, auquel lieu ils trouvèrent assez bonne quantité de vivres et force munitions de guerre, et, outre plus, s'emparèrent de quelques vaisseaux jà appareillez et flottans sur l'eschine du lac spatieux de Genève. Mais telle surprise et ruse bellique de peu d'importance n'empescha point que le prince debonnaire ne soit enfin venu à bout de ses justes et heureux desseins[100].