Note (retour) — ACTE TROISIÈME
François Guizot translation · Edition 7
TITUS.--Quoi, le chagrin te fait-il déjà extravaguer, Marcus? ce n'est qu'à moi seul qu'il appartient d'être fou. Quelles mains homicides peut-elle porter sur sa vie? Ah! pourquoi prononces-tu le nom de mains? c'est presser Énée de raconter deux fois l'embrasement de Troie et l'histoire de ses cruelles infortunes. Ah! évite de toucher à un sujet qui t'amène à parler de mains, de peur de nous rappeler que nous n'en avons point.--Fi donc, fi donc! quels discours extravagants! Comme si nous pouvions oublier que nous n'avons pas de mains, quand même Marcus ne prononcerait pas le mot de mains!--Allons, commençons: chère fille, mange ceci.--Il n'y a point à boire? Écoute, Marcus, ce qu'elle veut dire.--Je puis interpréter tous ses signes douloureux. Elle dit qu'elle ne boit d'autre boisson que ses larmes brassées avec ses chagrins et fermentées sur ses joues 16. Muette infortunée, j'apprendrai tes pensées et je saurai aussi bien tes gestes muets que les ermites mendiants savent leurs saintes prières. Tu ne pousseras point de soupir, tu n'élèveras point les moignons vers le ciel, tu ne feras pas un clin d'oeil, un signe de tête, tu ne te mettras pas à genoux, tu ne feras pas un geste, que je n'en compose un alphabet, et que je ne parvienne, par une pratique assidue, à savoir ce que tu veux dire.