Note (retour) — Front matter
François Guizot translation
TIMON.—Se peut-il que la nature, blessée de l'ingratitude de l'homme, puisse encore avoir faim!—O mère commune, toi dont le sein immense et fécond enfante et nourrit tout (il creuse la terre); toi, qui de la même substance dont ton orgueilleux enfant, l'homme superbe est gonflé, engendre le noir crapaud, la vipère azurée, le lézard doré, le serpent aveugle20, et mille autres créatures abhorrées sous la voûte du ciel, où brillent les feux vivifiants d'Hypérion21, donne à celui qui hait tous tes enfants de l'humanité une pauvre racine!—Détruis la fécondité de tes entrailles, qu'elles ne produisent plus l'homme ingrat; ne sois plus enceinte que de tigres, de loups, de dragons et d'ours, produis d'autres monstres nouveaux que ta face extérieure n'ait point encore montrés à la voûte bigarrée qui te couvre.—Oh! une racine!—Je te remercie.—Dessèche tes veines, tes vignobles, et tes guérets déchirés par la charrue, dont l'homme ingrat tire ces liqueurs et ces mets onctueux qui souillent la pureté de l'âme, et la privent de sa raison. (Entre Apémantus.) Encore un homme! malédiction! malédiction!