Note 13 — QUARTIER SAINT-GERMAIN-DES-PRÉS.
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Cependant le duc d'Orléans vouloit tenir la parole qu'il avoit donnée, aux premiers jours de sa régence, de poursuivre les traitants et de leur faire rendre raison des profits énormes qu'ils avoient faits dans leurs transactions avec le dernier gouvernement. Quelque scandaleux que pussent être ces profits, il est évident que c'étoit là une mesure arbitraire, tyrannique, dans laquelle la foi publique étoit violée; car enfin le gouvernement du feu roi avoit été maître d'accepter ou de refuser les marchés onéreux qui lui avoient été proposés, marchés sur lesquels avoient dû toutefois influer, et les circonstances malheureuses où se trouvoit alors la France, et les autres risques que les événements politiques pouvoient encore faire courir aux prêteurs ou fournisseurs. Mais des considérations prises dans la justice et dans la morale n'étoient pas faites pour arrêter le duc d'Orléans; et tous moyens lui sembloient bons pour réparer le désordre des finances, seule plaie de l'État à laquelle il fût sensible, parce qu'elle étoit la seule qui lui causât de véritables embarras. Il parut donc en 1716 un édit portant création d'une chambre de justice destinée à connoître de toutes exactions ou malversations en fait de finances, avec plein pouvoir de poursuivre, de taxer, d'emprisonner et même de condamner à des peines afflictives tous ceux qu'elle jugeroit comptables envers l'État, et qu'elle auroit appelés devant son tribunal[13]. Les procédures furent d'abord vives, rigoureuses, et la Bastille se remplit de prisonniers. Les premières taxes rapportèrent des sommes immenses, et l'on avoit conçu, dans le commencement, de grandes espérances; mais les attributions trop étendues et trop vaguement exprimées que l'édit avoit données à cette commission[14] répandirent bientôt l'alarme dans toutes les classes de la société, lorsqu'on le vit porter ses recherches sur tous ceux qui avoient pris quelque part aux affaires du feu roi. Des milliers de délations, vraies ou fausses, se succédèrent tant à Paris que dans les provinces, et de manière à effrayer même les plus innocents. L'argent cessa de circuler; le commerce et l'industrie tombèrent dans une langueur désespérante; enfin, après un an d'exercice, il fallut mettre fin à cette inquisition désastreuse qui produisit, presque sans aucun fruit matériel pour l'État, des maux très réels pour un grand nombre de familles. De cent quatre-vingts millions que l'on tira des taxes, à peine la moitié entra-t-elle dans les coffres du roi[15]; la plus grande partie en fut prodiguée sans mesure aux courtisans avides, aux agents d'intrigues et aux compagnons de débauche dont le régent étoit entouré. Ce fut là la première marque publique qu'il donna de son indifférence pour ce qui étoit bon et honnête, de la légèreté de son esprit, et de la foiblesse de son caractère.