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Tableau historique et pittoresque de Paris depuis les Gaulois jusqu'à nos jours (Volume 8/8)

Note 93 — QUARTIER SAINT-GERMAIN-DES-PRÉS.

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Jamais État chrétien n'offrit peut-être un désordre moral plus singulièrement compliqué que celui que présenta la France après la mort de Louis XIV. Les ressorts du gouvernement s'étant un moment détendus, nous avons vu que le parlement étoit, à l'instant même, revenu à ses anciennes traditions, et avoit essayé de se rétablir de lui-même le modérateur suprême du pouvoir politique et du pouvoir religieux, aidé dans son entreprise par les jansénistes, ses auxiliaires habituels, qu'avoit d'abord accueillis et protégés un prince indifférent à toutes croyances religieuses, et devenu un moment leur protecteur, par la seule raison qu'ils avoient été persécutés sous Louis XIV[93]. Cette opposition ayant bientôt fatigué celui-là même qui avoit contribué à la faire renaître, on a vu encore qu'il l'avoit brisée en un instant et avec une telle violence, qu'on avoit pu croire, d'après ce coup si rudement frappé, que les intérêts nouveaux qui portèrent ensuite le régent et son ministre à faire cause commune avec la cour de Rome délivreroient enfin le clergé de France de ce joug ignominieux que la magistrature avoit osé lui imposer, et que la fausse politique de nos rois avoit maintenu et même agravé. Mais cette politique égoïste et absurde étoit encore toute vivante, et l'instinct despotique du régent sut la comprendre, même au milieu de ses plus grandes animosités contre les gens de robe. Redoutant à la fois et le clergé et le parlement, ce prince, dans tout ce qu'il entreprit ou contre l'un ou en faveur de l'autre, et peut-être sans s'être fait à ce sujet un plan profondément combiné, sut s'arrêter précisément au point où l'un des deux partis auroit entièrement triomphé du parti opposé; de manière que le clergé n'emporta qu'une demi-victoire, que la magistrature n'essuya qu'une demi-défaite, et que lorsque le parlement revint de son exil de Pontoise, aussi abattu sous la main du régent qu'il avoit pu l'être, sous celle de Louis XIV, il conserva encore, même dans les conditions de retour qu'il fut forcé de subir et qui confirmèrent sa dépendance à l'égard du pouvoir temporel, une partie de l'ascendant qu'il s'étoit arrogé sur l'autorité spirituelle. Les choses étant ainsi arrangées, il en résultoit qu'au moment même où le prince auroit éprouvé quelque embarras de la part de l'opposition religieuse, il étoit en mesure de s'en délivrer en élevant contre elle le parlement; et quant à celui-ci, les lits de justice et les prisons d'État devoient lui en rendre raison, si la fantaisie lui prenoit de passer les limites qu'il auroit jugé à propos de lui tracer. Cette politique, sous une forme un peu différente, étoit toujours celle de Louis XIV.

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