Note 90 — QUARTIER SAINT-GERMAIN-DES-PRÉS.
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La puissance que s'étoient créée les Anglois, étoit telle, que, l'argent à la main, ils faisoient venir des soldats d'où ils vouloient, et que, par l'effet magique d'un subside, ils avoient obtenu de la Russie un secours formidable en hommes et en vaisseaux[90]. Tandis qu'ils traitoient avec cette puissance, afin de prendre sur terre une revanche terrible des victoires infructueuses de Louis XV, ils poursuivoient sur mer le cours de leurs faciles triomphes. Tel étoit l'abandon dans lequel la France se voyoit maintenant forcée de laisser ses colonies, qu'il suffit aux marchands de la Nouvelle-Angleterre de se cotiser pour former une petite armée, et s'emparer ainsi de Louisbourg, ville importante située à l'embouchure du fleuve Saint-Laurent, et la clef de nos possessions dans le nord de l'Amérique; ce qui anéantit tout à coup notre commerce et nos pêcheries dans cette partie du Nouveau-Monde[91]. On essaya de réparer ce désastre, et des désastres plus grands furent le résultat des efforts que l'on avoit tentés. Une première flotte, sous les ordres du duc d'Enville, fut dispersée par la tempête; une seconde, composée de seize vaisseaux et commandée par le marquis de la Jonquières, étoit à peine sortie de Brest qu'elle fut attaquée par les amiraux Anson et Warrin, qui l'attendoient près du cap Finistère, ayant pour eux l'avantage du nombre, et cette plus grande expérience de la mer, à laquelle rien ne peut suppléer. Malgré la résistance la plus intrépide, l'amiral françois vit prendre tous ses vaisseaux, et fut lui-même obligé de se rendre. L'amiral Hawkes porta, dans cette même année, un second et dernier coup à la marine françoise, en lui enlevant six vaisseaux sur sept, qu'il avoit attaqués et enveloppés avec une flotte de quatorze voiles. Ce fut alors un jeu pour les Anglois de s'emparer des riches convois qui revenoient des Indes occidentales, et le commerce de la France fut ruiné en même temps que sa marine étoit anéantie. Alors le cabinet de Saint-James arrêta la marche de ses auxiliaires russes, qui déjà avoient atteint la Franconie, et jugea qu'il pouvoit permettre à ses alliés de faire la paix, puisqu'il ne restoit plus à la France un seul vaisseau.