Note 85 — QUARTIER SAINT-GERMAIN-DES-PRÉS.
Reading edition
Il arriva donc que, tandis qu'il triomphoit en Flandre, tout étoit perdu en Italie. La division s'étoit mise entre les armées espagnole, françoise, napolitaine, génoise (car Gênes, pour son malheur, avoit embrassé le parti des deux couronnes); les généraux ne s'entendant plus, les opérations militaires s'étoient ralenties; et cependant Marie-Thérèse, tranquille en Allemagne où tout étoit maintenant pacifié, s'étoit empressée d'envoyer en Lombardie de nombreux renforts, sous la conduite du prince de Lichstenstein. L'armée impériale se rassembloit sur les confins de cette province, le roi de Sardaigne réorganisoit la sienne, et l'on alloit se trouver entre deux armées, dans un pays où l'on ne possédoit pas une seule forteresse. Le maréchal de Maillebois, qui sentit le danger d'une semblable position, parla de retraite: l'infant n'y voulut point entendre, ne pouvant se faire à l'idée d'abandonner ces duchés de Parme et de Plaisance, qui avoient coûté à l'Espagne tant d'or et tant de sang: ce fut sous les murs même de Plaisance que cette retraite fut décidée par la défaite la plus désastreuse que les armées des deux couronnes eussent encore éprouvée. Il fallut alors évacuer et les deux duchés et les autres conquêtes que l'on avoit pu faire en Italie. La retraite se fit avec bonheur et habileté, et les débris de ces armées, réunis par une main ferme et courageuse, pouvoient encore couvrir la ville de Gênes, et la soustraire à la vengeance des Autrichiens. Le découragement et l'animosité toujours croissante des chefs les uns contre les autres empêchèrent de prendre ce parti, que commandoient à la fois l'honneur et un intérêt bien entendu[85]. Pour prix de son dévouement, Gênes fut lâchement abandonnée, et éprouva bientôt, même en se rendant, presque toutes les rigueurs que l'on pourroit exercer sur une ville prise d'assaut[86]. Les vainqueurs continuoient néanmoins de poursuivre les deux armées fugitives; ils descendirent les Alpes après elles[87], et leurs troupes irrégulières inondèrent et désolèrent la Provence et le Dauphiné.