← Table of contents
Tableau historique et pittoresque de Paris depuis les Gaulois jusqu'à nos jours (Volume 8/8)

Note 75 — QUARTIER SAINT-GERMAIN-DES-PRÉS.

Reading edition

Consterné de tant de désastres, et plus alarmé encore de l'avenir que du présent, le cardinal de Fleuri, après n'avoir su ni empêcher la guerre ni la diriger, essaya plus gauchement encore de se procurer la paix. Il imagina d'en faire des ouvertures dans une lettre qu'il écrivit au général de Kœnigsegg: pour toute réponse, la reine de Hongrie fit imprimer cette lettre, chef-d'œuvre d'innocence diplomatique[75], et dont l'effet fut d'accroître ses embarras en le rendant suspect à ses alliés. Le roi de Prusse fut le premier qui l'abandonna, et sa défection, que Marie-Thérèse fut forcée de payer de la cession de la Silésie, mit l'armée françoise, qui occupoit Prague et la Bohême, dans une position tellement critique, qu'il devint urgent de faire marcher une seconde armée pour la délivrer. À peine cette armée étoit-elle en marche, qu'elle se vit arrêtée par le cardinal lui-même, qui, malgré la leçon si amère qu'il venoit de recevoir, se faisoit encore la dupe de l'Autriche, et prêtoit l'oreille à ses négociations fallacieuses. Un autre corps de troupes, qui marchoit de son côté pour joindre cette armée, ne la voyant point paroître, se retira lui-même; la Bavière fut une seconde fois envahie et dévastée par les Autrichiens, et le maréchal de Belle-Isle, qui n'avoit su que se renfermer dans Prague, après avoir compromis de toutes parts la fortune de la France, n'eut plus d'autre ressource que d'essayer du moins de sauver par une retraite les troupes qui y étoient renfermées avec lui. Cette retraite se fit au milieu d'un hiver rigoureux[76]; pour éviter la cavalerie ennemie, il se dirigea par des chemins impraticables, et cette précaution excessive fut plus désastreuse que n'auroit pu l'être même la perte d'une bataille[77]. Cette armée de Bohême arriva presque anéantie à Égra, heureuse encore de trouver ce refuge, que la prévoyance du comte de Saxe lui avoit préparé[78]. Les autres corps d'armée rétrogradèrent également de tous les côtés, et, de même qu'après la bataille d'Hochstedt, la guerre fut en un instant portée du cœur de l'Allemagne aux frontières de France. Le prince Charles de Lorraine poursuivoit sans relâche ces troupes fugitives, et tandis qu'il les forçoit de repasser le Rhin en toute hâte, une autre armée composée d'Anglois, de Hollandois, de Hessois, d'Hanovriens, s'avançoit sur le Mein, commandée par le roi d'Angleterre, George II, en personne, et par ce même lord Stairs, qui venoit achever, les armes à la main, ce que sa diplomatie avoit si bien commencé sous la régence. Les deux armées, manœuvrant pour faire leur jonction, avoient pour but d'envahir l'Alsace et la Lorraine. À l'exemple du roi de Prusse, l'électeur de Saxe avoit fait sa paix; le nouvel empereur, Charles VII, dépouillé de ses États héréditaires, s'étoit réfugié à Augsbourg, et pouvoit être, à tous moments, chassé de ce dernier asile; et la France se voyoit, presque seule, accablée du fardeau d'une guerre où elle ne s'étoit d'abord engagée que comme auxiliaire, et pour des intérêts qui n'étoient pas les siens.

Explore with AITake your curiosity a little further.

Reading settings