Note 69 — QUARTIER SAINT-GERMAIN-DES-PRÉS.
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Que l'électeur de Bavière, ainsi qu'il ne tarda pas à le manifester, eût des prétentions à la couronne impériale; que les autres souverains que nous venons de nommer crussent la circonstance favorable pour s'emparer de quelques dépouilles de l'Autriche, on le peut concevoir dans cette politique de l'Europe civilisée, qui, sous tous les rapports de violence et de rapacité, ne différoit point de celle des peuplades les plus barbares; mais la France, qui ne prétendoit à rien dans cet odieux partage, qui jouissoit d'une paix dont elle avoit besoin, qui se parjuroit gratuitement en entrant dans une semblable ligue, quels motifs pouvoient l'y entraîner? Il n'en fut pas présenté un seul que le bon sens eût osé avouer. «L'intérêt de la France étoit, disoit-on, de favoriser contre l'Autriche l'électeur de Bavière, son ancien allié, qui avoit autrefois tout perdu pour elle à la bataille d'Hochstedt.» Mais ce qu'il avoit perdu alors, les traités depuis le lui avoient fait recouvrer, et la reine de Hongrie n'avoit ni le pouvoir ni la volonté de le lui ravir de nouveau.» Il paroissoit aisé, ajoutoit-on, de lui procurer à la fois l'Empire et une partie de la succession autrichienne; par là on enlevoit à la nouvelle maison d'Autriche-Lorraine cette supériorité que l'ancienne avoit affectée sur tous les autres potentats de l'Europe; on anéantissoit cette vieille rivalité entre les Bourbons et les Autrichiens; on faisoit plus que Henri IV et Richelieu n'avoient pu espérer[69]. Mais l'événement prouva que ce que l'on croyoit aisé étoit fort difficile; et d'ailleurs, au temps de Henri IV et de Richelieu, la maison d'Autriche régnoit sur l'Espagne, possédoit le royaume de Naples et plusieurs autres États d'Italie, que depuis elle avoit perdus, et c'étoit la maison de Bourbon qui l'y avoit remplacée. Elle avoit alors, dans l'Empire germanique, une influence que la paix de Munster lui avoit ôtée; en un mot, au seizième siècle et au commencement du dix-septième, elle avoit été aussi redoutable qu'elle étoit peu à craindre maintenant. Que pouvoit-il résulter de son abaissement, sinon de créer en Allemagne une autre puissance prépondérante, que ses intérêts n'eussent point tardé à mettre dans la position d'où l'Autriche auroit été déplacée? Le cardinal de Fleuri sentoit, dit-on, tout cela, et étoit très fortement opposé à cette guerre impolitique et dangereuse. «Deux hommes, le comte, depuis maréchal de Belle-Isle, et son frère, petits-fils du fameux Fouquet, sans avoir ni l'un ni l'autre aucune influence dans les affaires, ni encore aucun accès auprès du roi, ni aucun pouvoir sur l'esprit du cardinal, firent résoudre cette entreprise[70].» Ils devoient à leur jactance politique et militaire, que soutenoit sans doute la conviction intime où ils étoient de leur supériorité, d'avoir une grande réputation sans avoir fait de grandes choses[71]; on les croyoit capables de tout, parce qu'ils ne doutoient de rien, et il n'en faut pas davantage pour entraîner le vulgaire des esprits. Tous les deux se trouvèrent donc, sans qu'on sût trop comment, ni à quel titre, à la tête de la politique extérieure de la France, dans une guerre où l'Europe entière alloit se trouver enveloppée; et ce prodige arriva sous le gouvernement d'un ministre absolu qui désapprouvoit cette guerre, et qui n'avoit qu'à dire un mot pour faire avorter ce projet, et en replonger les auteurs dans l'obscurité d'où ils venoient à peine de sortir.