Note 68 — QUARTIER SAINT-GERMAIN-DES-PRÉS.
Reading edition
(1740) L'empereur Charles VI venoit de mourir, laissant sa fille Marie-Thérèse seule héritière de ses États, et protégée dans ses droits à cette succession par un pacte que tous les souverains de l'Europe avoient reconnu; et cette reconnoissance, il l'avoit payée assez cher pour pouvoir espérer que l'on tiendroit les conditions du marché[68]. Mais l'Autriche étoit alors épuisée par une guerre malheureuse qu'elle venoit de soutenir contre les Turcs, et qu'une paix honteuse avoit difficilement terminée; une simple femme se présentoit pour revendiquer ce grand héritage, et, malgré la foi des traités, un brigandage non moins révoltant que celui que les Anglois exerçoient sur les mers, fut à l'instant même projeté sur le continent. Les électeurs de Saxe et de Bavière, la reine d'Espagne, en sa qualité de princesse de Parme, le roi de Sardaigne, s'élevèrent à la fois contre l'héritière, les uns lui disputant l'héritage entier, les autres essayant de lui en arracher des lambeaux, et tous faisant valoir des prétentions plus ou moins absurdes; car ils avoient encore la pudeur de chercher à couvrir d'une ombre de justice cette œuvre d'iniquité. Cet orage, qui s'élevoit contre la fille de Charles VI, enhardit le souverain du plus petit royaume du Nord à se mettre au rang des compétiteurs: le roi de Prusse réclama la Silésie, usurpée, disoit-il, sur ses aïeux; et tandis que les autres en étoient encore à étaler leurs titres et à rassembler des arguments pour en prouver la légitimité, ce prince (c'étoit Frédéric II, qui venoit de monter sur le trône) montra d'abord ce qu'il étoit capable de faire, en envahissant à main armée la province qu'il venoit de réclamer. Guerrier hardi et entreprenant, il ne se montra pas moins adroit politique, en offrant sur-le-champ à Marie-Thérèse de prendre son parti si elle vouloit lui abandonner sa conquête, et de l'aider à faire couronner son mari empereur. La fière princesse dédaigna ses offres, et n'y répondit qu'en faisant marcher une armée contre lui. (1741) Frédéric remporta sur cette armée la première de ses victoires; l'occupation de la Silésie entière fut le prix de la bataille de Molwitz, et la ligue contre l'Autriche en fut la conséquence.