Note 8 — QUARTIER SAINT-GERMAIN-DES-PRÉS.
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Le duc de Noailles et Canillac furent les deux premiers qu'il persuada. Le duc, placé par le régent à la tête des finances, fut entraîné par de misérables vues d'économie, calculant qu'il en coûteroit fort cher pour tenter de nouvelles expéditions en faveur du prétendant. Canillac, vaniteux, indiscret, de peu de jugement, lié par des parties de débauche avec Stairs, alors ambassadeur d'Angleterre en France, flatté, cajolé par lui, croyoit se donner de l'importance en faisant le politique, et ce motif lui suffisoit. La partie étant ainsi liée, et Dubois, bien qu'il y jouât le principal rôle, n'y paroissant encore que comme agent secondaire, le duc d'Orléans fut amené graduellement dans le piége par de basses insinuations qui touchoient uniquement son intérêt personnel. On commença par lui inspirer quelques alarmes sur les dispositions du roi d'Espagne à l'égard de la régence qu'il pouvoit lui contester; on eut l'art d'en faire naître ensuite de plus grandes relativement à la succession au trône, dans le cas où la France viendroit à perdre son roi-enfant, dont la constitution étoit foible et la santé chancelante. Il suffisoit, disoit-on, des exemples du règne précédent pour faire supposer que Philippe V pourroit bien ne pas se croire irrévocablement engagé par ses renonciations; et le mouvement qu'Albéroni, qui avoit aussi ses projets (projets inoffensifs pour la France, car il étoit trop habile pour en concevoir de semblables), imprimoit alors à l'Espagne, lui fut présenté, avec une adresse non moins perfide, comme une disposition hostile contre lui en cas d'événement[8]. Il trouvoit au contraire, ajoutoit-on, dans le roi Georges un prince inquiet sur la solidité d'un trône qu'il avoit trop évidemment usurpé, ayant besoin d'appui pour s'y raffermir, et prêt par conséquent à lui donner le sien, dans le cas où la couronne de France, venant à vaquer, lui seroit contestée à lui-même par un compétiteur qui, en apparence, y auroit des droits plus évidents. Tous ces raisonnements étoient d'un faux et d'une absurdité que les moins habiles auroient pu saisir. «Le duc d'Orléans, dit Saint-Simon, avoit toute la pénétration nécessaire pour voir ce piége: ce qui le séduisit, ce fut le contour tortueux de cette politique, et point du tout le désir de régner.» Dès lors il se livra aux Anglois avec un abandon qui effraya tous ceux qui n'étoient pas de ce honteux complot. Un homme non moins habile que Stairs dans la politique machiavélique de son pays, Stanhope, alors ministre du roi Georges, vint lui-même en France pour mettre la dernière main à ce que l'ambassadeur, son agent Dubois, et ses dupes avoient si heureusement commencé. Le régent les vit l'un et l'autre dans la plus grande intimité, traitant le matin d'affaires avec eux, le soir les admettant dans ses orgies. Ce fut dans ces conférences secrètes[9] et peut-être dans les épanchements familiers de la débauche, qu'il leur sacrifia le prétendant, que Louis XIV, même dans ses plus grands revers, n'avoit jamais voulu abandonner; et telle fut la confiance audacieuse de ces diplomates anglois dans l'ascendant qu'ils avoient su prendre sur le prince que ses propres créatures lui avoient livré, qu'ils ne craignirent point, au milieu même de la France, de préparer un guet à pens où faillit tomber le fils de Jacques II, et dont il n'échappa que par la sagacité et la présence d'esprit admirable d'une femme dont il n'étoit point connu[10]. Une ordonnance fut publiée à son de trompe, qui enjoignoit à tous les étrangers rebelles de sortir en huit jours des terres du royaume, et ces rebelles étoient les serviteurs du roi légitime d'Angleterre, qui l'avoient suivi dans son exil; enfin, vers la fin de cette même année, Dubois fut envoyé en Hollande en qualité d'ambassadeur extraordinaire, et avec la mission d'y conclure un traité déjà convenu entre la France, l'Angleterre, et les États-Généraux, et qui étoit entièrement dirigé contre l'Espagne, que l'on continuoit de présenter au régent comme machinant des projets hostiles contre lui[11].