Note 5 — QUARTIER SAINT-GERMAIN-DES-PRÉS.
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L'Espagne, si long-temps gouvernée par le génie ardent et tracassier de la princesse des Ursins, après avoir reçu de la France et de la famille des Bourbons l'un des plus foibles princes dont il soit fait mention dans ses annales, avoit vu, lors du second mariage de Philippe V avec une princesse de Parme, s'opérer une révolution subite et complète dans la chambre du roi, devenue, d'après les exemples que lui en avoit donnés Louis XIV, le centre et le siége de son gouvernement. La princesse des Ursins avoit été violemment et outrageusement chassée par la nouvelle reine, dont le caractère hautain et ambitieux ne vouloit point d'un semblable intermédiaire auprès d'un époux qu'elle étoit sûre de gouverner. Le mélancolique et ennuyé monarque, cloîtré en quelque sorte dans ses appartements, où son premier et même son unique besoin étoit d'avoir une compagne légitime de sa couche, s'abandonnoit encore plus entièrement à la tutelle de sa jeune épouse qu'à celle de la vieille favorite, à qui il n'avoit manqué que de pouvoir exercer sur lui un empire de cette même nature, et qu'il lui avoit sacrifiée avec une indifférence qui alloit jusqu'à l'inhumanité. Cette nouvelle reine, haïe des Espagnols autant que l'autre en avoit été adorée[5], élevée par sa mère dans une retraite profonde et dans une ignorance entière de toutes choses, au milieu des projets qu'elle avoit formés assez intelligente pour sentir et apprécier son inexpérience des affaires, se méfiant avec juste raison de ceux qui la haïssoient et à qui elle rendoit toute leur haine, avoit cherché, parmi les Italiens qui l'avoient suivie, un homme à qui elle pût se confier, un guide qui fût capable de la bien conduire. Albéroni, alors ministre de Parme à la cour d'Espagne, lui parut être cet homme qu'elle cherchoit. Né sujet de son père et dans les dernières classes du peuple; de simple curé de village qu'il étoit, parvenu par ses intrigues, par son audace, par l'activité et la souplesse de son esprit, à jouer un rôle brillant dans le monde, il sembloit réunir tout ce qui pouvoit inspirer de la sécurité à cette princesse ambitieuse[6]; elle lui devoit d'ailleurs le haut rang auquel elle étoit parvenue[7], et elle crut avec juste raison ne courir aucun risque en livrant le pouvoir à un personnage qui s'étoit montré si dévoué à ses intérêts, que sa propre bassesse et la dépendance entière où il se trouvoit à son égard lui livroient à elle-même sans réserve. Ainsi s'expliquent, l'élévation subite d'Albéroni, son pouvoir sans bornes, son audace à tout entreprendre tant au dedans qu'au dehors, sans obstacle, sans contradiction, enfin une fortune qui étonna l'Europe et des projets qui l'étonnèrent encore davantage.