Note 30 — QUARTIER SAINT-GERMAIN-DES-PRÉS.
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Il étoit temps néanmoins que cette paix, où le duc d'Orléans avoit parlé en maître à un petit-fils de Louis XIV, vînt le tirer lui-même du plus grand embarras où il se fût encore jeté, et le préserver des suites de la plus grande faute qu'il eût encore commise. Nous avons déjà dit comment il avoit été séduit par le système de Law, et comment cette opération financière, renfermée dans les justes bornes qui d'abord lui avoient été tracées, pouvoit avoir les plus heureux résultats. Pour rendre ces résultats complets, il eût fallu les combiner avec une bonne administration des finances, à laquelle la banque eût fourni des ressources de crédit toujours prêtes, mutuellement avantageuses aux parties contractantes, et au moyen desquelles se fût opérée graduellement, facilement, l'extinction totale des dettes de l'État. Ce plan avoit déjà reçu un commencement d'exécution; et le duc de Noailles, qu'un homme habile et d'une probité sévère aidoit à gouverner les finances[30], seroit parvenu sans doute à achever ce qu'il avoit heureusement commencé. Mais il demandoit encore quinze années, et ces lenteurs, cette économie, cette marche régulière, nous l'avons déjà dit, ne pouvoient convenir à un homme tel que le duc d'Orléans[31]. Law, soit qu'il cherchât à flatter l'impatience du prince et son goût pour les idées neuves et hardies, soit qu'il fût réellement enivré de la faveur publique dont il étoit environné, conçut ce fatal système, dont le but étoit d'augmenter sans mesure la monnoie fictive qu'il venoit de créer, en changeant entièrement sa nature et ses garanties. À cette banque qu'il venoit de créer, il imagina donc de joindre, par une autre imitation du nouveau système financier de l'Angleterre, et à l'instar de sa compagnie des Indes, une compagnie d'Occident, dont les actions devoient être payées en ces billets d'État qui composoient la plus grande partie de la dette nationale; quant à la valeur de ces actions, elle étoit garantie par des billets de banque que la banque générale devoit continuer à échanger contre de l'argent. Il falloit une base au crédit d'une semblable association commerciale; et si la cupidité n'étoit pas ce qu'il y a au monde de plus aveugle, on auroit peine à concevoir comment le charlatanisme inepte et perfide de cet étranger ne fut pas mis à découvert à l'instant même où il fonda ce crédit sur la cession de la Louisiane, qui fut faite par le gouvernement à la nouvelle compagnie. Au lieu de vérifier si ce gage étoit en effet suffisant, on crut sur paroles les récits mensongers qu'il fit répandre sur cette terre lointaine, plus riche, disoit-on, en mines d'or, que le Mexique et le Pérou; et tout porte à croire que le duc d'Orléans, loin d'être la dupe du financier écossois, se fit complice de cette odieuse et barbare déception[32]. Ce crédit étant ainsi établi sur un commerce dont les bénéfices étoient inconnus, et sur cette crédulité publique qui se plaisoit à les exagérer au delà même des bornes du possible; il devenoit facile à la banque générale, qui reçut alors la dénomination de banque royale, d'élever au degré qu'elle voudroit ces bénéfices éventuels, d'augmenter ainsi sans mesure la valeur idéale de ses actions, et de porter aux derniers excès l'émission de ses billets.