← Table of contents
Tableau historique et pittoresque de Paris depuis les Gaulois jusqu'à nos jours (Volume 8/8)

Note 27 — QUARTIER SAINT-GERMAIN-DES-PRÉS.

Reading edition

La nouvelle de ce mouvement hostile effraya peu d'abord Philippe V et son ministre; et tous les deux se firent à ce sujet de bien singulières illusions. Ils se flattèrent, jusqu'au dernier moment, que des soldats françois n'oseroient jamais tourner leurs armes contre le petit-fils de Louis XIV, qu'ils avoient aidé eux-mêmes à placer sur le trône; que la haine que l'on portoit au duc d'Orléans éclateroit très probablement au milieu des camps, et que, loin d'y rencontrer des ennemis, ils y trouveroient des auxiliaires disposés à concourir avec eux à renverser une administration devenue insupportable à la France. Ce fut là la grande faute d'Albéroni, d'avoir pris, dans d'aussi graves circonstances, des probabilités aussi incertaines pour base de ses calculs politiques et de ses opérations militaires. L'armée françoise entra donc en Espagne, sous les ordres du maréchal de Berwick, sans trouver aucune résistance; elle y porta, de toutes parts, la dévastation, tandis que nos flottes désoloient ses côtes, et alloient jusque dans ses ports achever, au profit des Anglois, de détruire ses vaisseaux. Une tentative que le ministre espagnol faisoit en même temps pour faire soulever la Bretagne où il avoit des intelligences, échoua complétement[27]; mais ce fut surtout en Sicile que les plus grands revers achevèrent de le déconcerter. Un corps de dix-huit mille Allemands y avoit abordé sans rencontrer un seul vaisseau ennemi qui s'opposât à son débarquement; et l'armée espagnole, mise en déroute par des forces si supérieures; forcée d'évacuer, les unes après les autres, les places dont elle s'étoit emparée; poussée de position en position, sans espoir de secours, n'avoit pas même celui de la retraite, puisqu'il n'y avoit plus de flotte pour la ramener. La consternation et l'épouvante s'emparèrent alors du roi et même de la reine d'Espagne; le régent, secondé par les intrigues de Dubois, en profita habilement pour exiger le renvoi d'Albéroni. Philippe V fut obligé de souscrire à cette première condition de la paix. Le ministre prévoyant avoit déjà mis en sûreté ses immenses richesses; il sortit d'Espagne avec la satisfaction de voir jusqu'à quel point il étoit encore un objet de frayeur pour les ennemis du grand royaume qu'il avoit gouverné: sa chute ne fut humiliante que pour le monarque, qui, en le renvoyant ainsi, subissoit la loi du vainqueur; et avec lui tomba de nouveau l'Espagne dans la léthargie dont il venoit de la tirer.

Explore with AITake your curiosity a little further.

Reading settings