Note 186 — QUARTIER SAINT-GERMAIN-DES-PRÉS.
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C'est que, présomptueux et léger, il considéroit la guerre comme terminée, et le roi de Prusse comme perdu sans ressource. Or, voici ce qui arriva: sorti des quartiers d'hiver qu'il avoit pris dans la Saxe, Frédéric, après avoir vainement essayé de rompre la ligue formidable qui avoit juré sa ruine, s'étoit livré de nouveau à ces tentatives hardies qui seules, dans de semblables extrémités, pouvoient lui offrir quelques chances de salut. Alors l'armée des cercles n'étoit pas encore rassemblée; la Suède et la Russie attendoient pour agir les subsides de la France, embarrassée de payer même ses propres soldats; et au commencement de cette campagne, l'Autriche se trouvoit encore abandonnée contre lui à ses propres forces. Il saisit le moment et rentre dans la Bohême, se proposant non pas seulement de vaincre les armées de son ennemi, mais de les anéantir; pénètre jusqu'aux environs de Prague; y remporte sur le prince de Lorraine une victoire sanglante et long-temps disputée; le force de se renfermer dans cette capitale, avec quarante mille hommes qu'il est sûr de bientôt affamer; sans en abandonner le blocus, vole à la rencontre d'une seconde armée qui s'avance pour délivrer la première, et qui, si elle est détruite, lui ouvre le chemin de Vienne, où il ira dicter les conditions de la paix dans le palais même des empereurs; trouve enfin, dans le vieux tacticien Daun, un général dont la prudence et les combinaisons savantes lui arrachent la victoire, et le replongent dans tous les périls dont il se croyoit au moment de sortir. Forcé de lever le siége de Prague et toutefois sans que ses ennemis victorieux pussent l'empêcher de se maintenir encore dans la Bohême, ayant déjà épuisé toutes ses épargnes, et quelques fautes du prince Henri son frère le mettant en péril de perdre la Silésie, il apprend à la fois l'entrée de quatre-vingt mille Russes dans la Prusse orientale, l'irruption des Suédois dans la Poméranie, les succès extraordinaires de l'armée françoise, la convention de Closter-Severn, la marche du prince de Soubise vers la Saxe, et sa réunion avec l'armée de l'Empire. Pressé ainsi de toutes parts, envahi sur toutes ses frontières, Frédéric sent un moment s'abattre son courage, et cependant, au milieu des pensées de désespoir dont il est agité[186], conserve encore cette présence d'esprit et ce coup d'œil ferme qui savent lui créer des ressources de salut, alors que tout semble perdu pour lui. Un de ses généraux, Bevern, est laissé à la garde de la Silésie avec une armée de cinquante-six mille hommes; puis se confiant à sa fortune et à son génie, il n'emmène avec lui que douze mille soldats, en rassemble à peu près dix mille autres sur sa route, et, avec cette petite troupe, va chercher les armées combinées de France et des cercles, qui, sous les ordres du prince de Soubise et du plus incapable des généraux autrichiens, le prince de Saxe-Hildbourghaussen, étaient alors réunies auprès d'Erfurt; par une suite de manœuvres ingénieuses, sait tromper l'ennemi et lui faire quitter une position où il étoit fortement retranché, pour venir se livrer à lui dans la plaine de Rosback; et là, avec un petit nombre de bataillons et d'escadrons de cavalerie, remporte la victoire la plus complète sur une armée de soixante mille hommes, indisciplinée, mal commandée, qui, à peine attaquée, se met en déroute, à la honte de ses deux chefs, incapables même de la rallier après la défaite. Vainqueur à Rosback, Frédéric n'a pas même le temps de respirer: il faut qu'il retourne en toute hâte dans la Silésie, où Bevern a été battu par les Autrichiens, déjà maîtres de Breslaw et bientôt de toute la province. Sa seule présence y change la face des choses: des débris de ses armées il en compose une nouvelle qu'il sait remplir de confiance et d'ardeur, et marche à la rencontre de Daun et du prince de Lorraine, quelques jours auparavant vainqueurs de ses lieutenants, tous les deux généraux expérimentés et qui commandent une armée deux fois plus nombreuse que la sienne; les atteint dans la plaine de Lissa, et, par une de ces manœuvres qu'il n'appartient qu'au génie militaire de concevoir sur-le-champ et de savoir exécuter[187], remporte sur eux une victoire plus complète encore et surtout plus décisive que celle de Rosback. Peu de jours après, Breslaw lui rouvrit ses portes, et il se rétablit bientôt dans la Silésie. L'armée autrichienne étoit, par sa dernière défaite, affoiblie, dispersée, et hors d'état d'agir avant d'avoir été réorganisée: le vainqueur concentra ses forces pour les porter tour à tour sur les divers points menacés par ses nombreux ennemis, Russes, Suédois, François, Allemands; et jusqu'à la fin de cette mémorable campagne de 1757, sut les contenir et les repousser.