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Tableau historique et pittoresque de Paris depuis les Gaulois jusqu'à nos jours (Volume 8/8)

Note 179 — QUARTIER SAINT-GERMAIN-DES-PRÉS.

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Cependant les ministres de Prusse et d'Autriche, qui n'avoient pas la vue si courte que les nôtres, avoient déjà reconnu que la guerre entre la France et l'Angleterre étoit inévitable, et manœuvroient en conséquence avec notre ministère. Le comte de Kaunitz, alors ambassadeur de Marie-Thérèse auprès de Louis XV, appréciant la portée de nos diplomates, conçut le projet hardi de changer la politique de la France, de rompre l'équilibre établi par la paix d'Aix-la-Chapelle[179], d'alliée qu'elle étoit du roi de Prusse d'en faire son ennemie, et de trouver, dans cette espèce de perturbation des rapports et des intérêts, quelques chances pour reconquérir la Silésie, continuel objet des regrets de Marie-Thérèse, et source de ses ressentiments contre un prince qui, sans doute, l'en avoit très injustement dépouillée. De son côté, Frédéric demandoit à rester dans notre alliance, et offroit le secours efficace de ses excellentes armées et de ses incomparables talents militaires pour contenir l'Autriche, en cas qu'elle voulût faire cause commune avec l'Angleterre, et agir hostilement sur le continent. Ce qu'il demandoit étoit l'ancien système de politique extérieure de la France, depuis que, dans les rapports des puissances chrétiennes entre elles, tout avoit été réduit aux intérêts purement matériels; et c'étoit indubitablement le meilleur à suivre dans cette circonstance, car il ne sembloit pas probable que, la France se montrant disposée à conserver la paix sur le continent, l'Autriche eût hasardé de commencer la guerre en présence des armées du roi de Prusse, soutenues d'une alliance si redoutable; et alors tous les efforts du gouvernement se portoient vers la guerre maritime, avec l'espoir fondé d'y rétablir cette parité de forces que venoit de rompre la perfide agression de l'Angleterre. Mais la maîtresse du roi avoit à se plaindre du héros prussien, dont l'esprit caustique lui avoit lancé, de Berlin à Versailles, quelques sanglantes épigrammes. Ce n'étoit pas tout: une correspondance à laquelle Kaunitz avoit eu l'adresse de faire descendre la fille des Césars avec cette impudente courtisane, et dans laquelle la raison d'État, beau nom dont on a coutume de couvrir les fautes et les turpitudes des princes, l'avoit fait se dégrader jusqu'à prodiguer à cette femme ces expressions affectueuses qu'on n'accorde qu'à l'intimité et aux affections les plus familières, avoit produit un effet plus sûr que les intrigues et les négociations des cabinets. La tête tourna à Mme de Pompadour de se voir en un commerce réglé de lettres amicales avec une grande souveraine; et Marie-Thérèse put tout obtenir de cette vanité bourgeoise, qu'elle avoit su satisfaire aux dépens de sa franchise et de sa dignité. Dès ce moment, la favorite n'eut plus qu'une pensée, qui fut d'allier la France à l'Autriche dans une guerre continentale; c'étoit la moindre chose qu'elle pût faire pour une impératrice-reine qui lui écrivoit de petits billets et qui l'appeloit son amie.

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