Note 166 — QUARTIER SAINT-GERMAIN-DES-PRÉS.
Reading edition
(1757) Peu de jours après, le 5 janvier de cette année, Louis XV fut assassiné: l'assassin étoit un homme de la dernière classe du peuple, nommé Damiens; il prouva qu'il auroit pu tuer le roi s'il l'avoit voulu, et que son intention avoit été seulement de le blesser «pour lui donner,» disoit-il, un utile avertissement qui le portât à écouter les représentations de son parlement, et à prendre le parti de son peuple qui périssoit[166]. «Si l'on avoit coupé la tête à trois ou quatre évêques, ajoutoit-il, cela ne seroit point arrivé[167].» Il écrivit une lettre au roi, dans laquelle il l'invitoit «à ne pas avoir tant de bonté pour les ecclésiastiques, à ordonner qu'on donnât les sacrements à l'article de la mort, sans quoi sa vie n'étoit pas en sûreté[168].» Il lui enjoignoit de rétablir son parlement et de ne plus l'inquiéter, affirmant «qu'il n'a eu d'autre objet, dans le malheureux coup qu'il a fait, que de contribuer aux peines et soins du parlement qui soutient la religion de l'État[169].» Cet homme avoit servi, vingt ans auparavant, chez les jésuites, et en avoit été deux fois chassé: on espéra tirer parti de cet incident contre la compagnie; mais il déclara formellement «qu'il haïssoit la façon de penser des jésuites, et que s'il avoit vécu chez eux, c'étoit par politique et pour avoir du pain[170]. Il déclara encore «qu'il avoit conçu son projet dans les temps où il passoit des nuits dans les salles du Palais à attendre la fin des délibérations qui s'y faisoient, et lorsqu'il a vu le peu d'égards que le roi avoit pour les représentations de son parlement[171]. «L'instruction prouva qu'il avoit successivement servi chez quatre conseillers au parlement, et dans le temps de la plus grande effervescence de cette compagnie; qu'il étoit très assidu dans la grande salle, point de réunion des factieux à la suite du parlement; que, dans ces rassemblements tumultueux, sa tête s'étoit échauffée aux vociférations qui retentissoient de toutes parts contre le clergé, contre l'archevêque de Paris, et dans lesquelles «le roi lui-même n'étoit point épargné[172];» il avoit entendu dire, dans le palais, «que c'était une œuvre méritoire de le tuer[173].» Enfin toute la procédure, depuis le commencement jusqu'à la fin, ne montra dans cet homme qu'un malheureux que les doctrines parlementaires et ses rapports continuels avec les partisans de ces doctrines avoient fanatisé; et les juges qui l'interrogèrent et le condamnèrent furent convaincus, par ses aveux et ses déclarations, de lui avoir mis eux-mêmes le poignard à la main[174]. Il fut exécuté le 28 mars: nous épargnons à nos lecteurs le détail des horreurs de son supplice.