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Tableau historique et pittoresque de Paris depuis les Gaulois jusqu'à nos jours (Volume 8/8)

Note 249 — QUARTIER SAINT-GERMAIN-DES-PRÉS. (continued 2)

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Ce succès sembloit aussi grand qu'inespéré: on étoit ivre de joie à Versailles; on y portoit aux nues ce chancelier «qui, disoient hautement les courtisans, avoit retiré le sceptre du greffe du parlement, pour le remettre entre les mains du monarque.» Insensés qui s'arrêtoient à la superficie du mal, parce qu'ils étoient incapables d'en sonder la profondeur! Tandis qu'ils se réjouissoient ainsi de la victoire que venoit de remporter le ministérialisme, le ministre disgracié triomphoit dans sa retraite, où il s'étoit rendu avec un appareil insultant pour son maître, où bientôt se donnèrent rendez-vous tous les mécontents; et la révolte, si long-temps concentrée dans le parlement, éclata partout. On n'avoit point encore vu autant d'exaspération dans les esprits, de violence dans les murmures, de licence dans les discours et dans les écrits; il ne s'étoit point encore élevé tant de clameurs contre le pouvoir, il n'avoit point encore été en butte à tant d'injures et de sarcasmes. Il s'éleva, de la France entière, un cri en faveur des parlements: nobles et plébéiens, quoique leurs intérêts fussent si différents, sembloient animés de la même fureur; on se soumettoit en frémissant, et ainsi se manifestoit, de toutes parts, cette opposition anarchique que le parlement avoit créée et fomentée, et qui alloit être, avant peu, livrée à d'autres chefs dont il n'étoit, depuis près d'un demi-siècle, que l'aveugle instrument. Un écrivain, à qui cette époque de délire a fait un nom, l'abbé de Mably, publia, au milieu de l'effervescence nationale, un livre dans lequel il traçoit le plan d'une révolution, et ce plan est précisément celui qui, depuis, a été exécuté; mais le moment n'étoit pas encore venu. Telle étoit alors la puissance des libellistes, que, ne se sentant pas assez forte pour les atteindre et les punir, la cour, plus d'une fois, composa avec eux; et pour quelques-uns qu'elle avoit achetés, en fit naître mille autres qui espéroient se vendre, ou qui étoient sûrs de pouvoir la braver impunément[249]. On vit ce même Malesherbes, que nous ne nommons encore qu'à regret, et qui, sans doute, n'étoit pas un ennemi du trône, adresser à son souverain, sur l'exil du parlement, des remontrances que Voltaire lui-même jugea trop dures, et lui parler de la convocation des états-généraux, «comme d'une mesure réclamée par la justice et la nécessité;» tant étoit grand l'esprit de vertige dont tous, et même les plus fidèles, étoient alors possédés.

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