Note 189 — QUARTIER SAINT-GERMAIN-DES-PRÉS. (continued 2)
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Telle fut, depuis le commencement jusqu'à la fin, la guerre continentale, sanglante, acharnée, et sans résultats. La guerre maritime fut bien différente, et c'est là, ainsi que dans la guerre de 1741, que se portèrent les coups les plus funestes à la France, qu'il lui fallut enfin subir ce que lui avoit préparé un demi-siècle d'incurie et de trahison. Avant d'oser faire une déclaration de guerre, on avoit, pendant six mois, laissé l'Angleterre exercer librement ses pirateries, ruiner notre commerce et nous enlever la fleur de nos matelots; nos colonies avoient été abandonnées, en Orient et en Occident, à leurs propres forces, et l'on avoit considéré comme des triomphes d'avoir forcé les soldats anglois à se rembarquer, chaque fois qu'ils avoient fait des descentes sur nos côtes. Il fallut enfin, à la dernière extrémité, sortir de ce sommeil, et ce ne fut pas vers nos colonies menacées que se porta d'abord la pensée du ministère; il imagina des descentes en Angleterre sur plusieurs points, comme par représaille de ces descentes qu'elle venoit d'opérer en Bretagne et en Normandie[189], et ce fut pour exécuter ce plan insensé que l'on arma tous nos vaisseaux. Pour le déconcerter, les Anglois, forts de la supériorité de leurs flottes et de l'incomparable habileté de leurs marins, n'eurent qu'à se présenter à l'entrée de nos ports. La flotte de Toulon, composée de quinze vaisseaux et commandée par La Clue, sortit la première: huit de ses vaisseaux s'en séparèrent presque au moment de la sortie, et l'amiral françois ne sut pas les rallier. L'amiral anglois vint alors lui présenter le combat avec quatorze voiles, et ce fut comme un jeu pour lui de l'écraser dans ce combat inégal[190]. Ce désastre étoit grand: celui de la flotte de Brest le fit bientôt oublier. Le maréchal de Conflans la commandoit, et il avoit enfin donné l'ordre d'appareiller, après avoir manqué l'occasion de combattre avec avantage l'escadre angloise qui bloquoit le port, et que les vents avoient plusieurs fois repoussée et même dispersée. À peine la vit-il reparoître que, saisi d'une terreur panique et inexplicable, il donna le signal de la retraite; pour la rendre plus sûre, engagea ses vaisseaux dans les rochers et les bancs de sable dont la côte étoit hérissée, et laissa ainsi couper son arrière-garde qui, sous les ordres de Saint-André Duverger, soutint avec intrépidité un combat inégal, dans lequel il lui fallut enfin succomber, tandis que le lâche amiral faisoit échouer et brûler son vaisseau, que d'autres étoient brisés sur les côtes, ou engloutis dans les flots, ou se précipitoient dans les eaux de la Villaine, d'où il fut impossible de les retirer. Jamais désastre aussi grand et aussi irréparable n'avoit encore désolé notre marine[191], et ce fut le signal d'une suite d'humiliations et de revers dont il n'y avoit également point d'exemple. La France perdit, cette même année, le Canada, si long-temps et si vaillamment défendu par Montcalm, la Martinique, la Guadeloupe et toutes les petites îles qui en dépendent; on envoya, dans l'Inde, un Irlandois nommé Lally, qui s'y conduisit comme s'il avoit eu la mission de détruire ce qu'y avoient fait Dupleix et La Bourdonnaie: «Cet étranger, dit Duclos, avide d'argent, et d'une tête malsaine, n'exerce sa férocité que sur ceux qu'il doit défendre, livre ou vend la place de Pondichéry, dont la défense lui a été confiée, refuse même la capitulation offerte par l'ennemi, et la trahison est si visible qu'on est obligé en France de le mettre en prison.» Sur les côtes d'Afrique nos établissements, non moins abandonnés, sont pillés et dévastés par nos infatigables ennemis. Pour combler la mesure de tant d'opprobre, ils s'emparent de Belle-Isle, à la vue des côtes de France, sans qu'on puisse ou qu'on ose y mettre le moindre obstacle[192]. Quand toutes ces fautes ont été commises et que tous ces malheurs sont arrivés, on pense enfin à éveiller l'Espagne sur les dangers dont nos revers la menacent; et Choiseul, qui a su joindre le département des affaires étrangères à celui de la guerre, négocie avec assez d'art pour entraîner son nouveau roi Charles III dans une alliance offensive qu'il eût fallu faire plus tôt, et qui, trop tardive, n'eut d'autre résultat pour notre allié que de lui faire partager nos désastres. «Cette puissance, dit encore Duclos, y a perdu sa marine et des richesses immenses, qui ont fourni les moyens à nos ennemis de continuer la guerre et de dicter impérieusement les conditions de la paix[193].