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Tableau historique et pittoresque de Paris depuis les Gaulois jusqu'à nos jours (Volume 8/8)

Note 234 — QUARTIER SAINT-GERMAIN-DES-PRÉS. (continued 2)

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Ce fut immédiatement après la destruction des Jésuites en France, et seulement après (ceci mérite d'être remarqué) que l'impiété rompit toutes ses digues, déchira ses derniers voiles, et attaqua, non plus obliquement comme elle l'avoit fait jusqu'alors, mais en face, Dieu et le christianisme; c'est alors que parut, dans tout son éclat, le sophiste Jean-Jacques Rousseau, le plus éloquent sans doute et peut-être le plus dangereux de tous ces professeurs d'incrédulité, par cela même qu'il couvroit d'un vernis de religiosité ses attaques contre la religion, et calmoit jusqu'à un certain point la conscience en corrompant l'esprit et en justifiant les passions; aussi l'enthousiasme qu'il fit naître alla-t-il jusqu'au fanatisme. Alors Voltaire commença à entrer dans ces fureurs impies, qui firent de son affreuse vieillesse comme une longue possession; et le projet de détruire le christianisme fut publiquement avoué, et, autant qu'il étoit en lui, publiquement exécuté par ce patriarche des modernes philosophes[234]. Alors parurent l'Émile, la Nouvelle Héloïse, le Dictionnaire philosophique, les Lettres de la Montagne, le Sermon des cinquante, le Testament de Jean Meslier, la Profession de foi du vicaire savoyard, la Philosophie de l'Histoire, et tant d'autres écrits où ces deux hommes, dont le talent étoit alors hors de pair, endoctrinoient une génération depuis si long-temps préparée à recevoir leurs funestes leçons; ce fut à cette même époque que la correspondance de Ferney prit une plus grande activité, et multiplia, dans toutes les parties de la France, ses dangereuses relations. Ministres, gens de cour, magistrats, ne craignirent plus d'avouer leurs liaisons de doctrine et d'intérêts avec la secte philosophique; et, le croira-t-on, les livres qu'elle produisoit, dénoncés encore au parlement, et, par la plus absurde des contradictions, quelquefois condamnés, circuloient librement sous la protection du magistrat, qui étoit alors directeur de la librairie[235]. Plus d'une fois encore le clergé poussa des cris d'effroi et fit entendre des gémissements qui retentirent jusqu'au pied du trône; et les actes de son assemblée de 1765, dans lesquels sa prévoyance signala tous les maux dont tant de licences inouïes menaçoient la société, et établit, d'une main ferme, les droits de l'autorité spirituelle, que l'on envahissoit de toutes parts, sont au nombre des monuments les plus remarquables que ces assemblées solennelles aient produits. Le corps épiscopal entier, à l'exception de quatre évêques, toutes les facultés de théologie, une foule innombrable de curés et autres ecclésiastiques y adhérèrent: le parlement proscrivit ces actes; l'assemblée protesta contre les violences et les usurpations continuelles du tribunal séculier, et la cour cassa les actes du parlement. Mais (et cette circonstance est surtout digne d'attention) cette cour, qu'importunoit un parlement factieux, s'alarma de la liberté généreuse avec laquelle le clergé venoit de défendre l'indépendance de l'Église; et la bulle Apostolicum de Clément XIII[236], dans laquelle cette indépendance de l'autorité spirituelle étoit fortement exprimée, ayant été publiée à cette même époque, un arrêt du conseil, en date du 24 mai 1766, rappela les dispositions de l'édit de 1682, non seulement tombé en désuétude, mais formellement révoqué par la lettre de Louis XIV à Innocent XII[237], et lui rendit le caractère de loi du royaume, qu'il avoit depuis si long-temps perdu. Ainsi reparurent les quatre articles que, de nos jours, quelques membres du clergé, heureusement peu nombreux, et dont le nombre va toujours décroissant, ont encore le courage de défendre, et que promulguoit alors un ministère philosophe, disputant le servage de l'Église à un parlement janséniste[238].

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