Note 215 — QUARTIER SAINT-GERMAIN-DES-PRÉS. (continued 2)
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Alors se consomma l'iniquité. Le 1er avril 1762, ainsi qu'il l'avoit déclaré, une année à l'avance, le parlement fit fermer tous les colléges des Jésuites; et au même instant, fut publié le recueil fameux «des Assertions des écrivains de la société,» recueil composé par des agents de la cabale[215], et avec la même bonne foi qui avoit présidé aux Comptes rendus, et à tant d'autres libelles; et cette publication fut faite pour justifier cet acte de violation de tous droits et de toute justice, qui surpassoit ses plus grands excès[216]. Le 6 août suivant, il rendit son arrêt définitif contre la société. Elle y étoit présentée «comme abusive, inadmissible, par sa nature, dans tout état policé; contraire au droit naturel, attentatoire à l'autorité spirituelle et temporelle[217], etc.» Il étoit ordonné aux Jésuites de sortir de leurs maisons, d'en quitter l'habit, de renoncer à l'institut, à ses règles, à la vie commune, de cesser toutes correspondances avec les membres de leur ordre, etc. Le parlement de Rennes suivit le premier cet exemple; après lui vint le parlement de Rouen, qui se signala par une fureur encore plus grande, et telle, qu'elle fut blâmée même dans le parti. À Bordeaux, à Metz, à Perpignan, à Aix, à Toulouse, à Pau, à Dijon, à Grenoble, la cabale eut plus d'obstacles à vaincre; mais il est remarquable que, partout, elle ne l'emporta que d'un petit nombre de voix[218]. Quelques parlements ne se laissèrent point ébranler, et refusèrent de mentir à leur conscience[219]. Clément XIII condamna ce qui venoit de se passer, aussitôt, qu'il en eut connoissance, par un bref apologétique des Jésuites, annonçant aux cardinaux françois, qu'il avoit déclaré vains et nuls, dans un consistoire et par un décret solennel, tous ces arrêts des parlements de France. L'archevêque de Paris, à peine revenu de l'exil, éleva de nouveau cette voix que l'on étoit toujours sûr d'entendre chaque fois qu'il y avoit péril pour la religion; et, dans une instruction pastorale devenue fameuse, attaquant le jugement rendu contre les Jésuites par les tribunaux séculiers, les convainquit de mensonge et d'ignorance dans ce qu'ils avoient avancé sur leur institut, sur leurs vœux, sur leurs doctrines, sur leurs fonctions. Un grand nombre d'évêques, qui n'avoient point encore parlé, rompirent le silence, et unirent leurs réclamations à celles de l'intrépide archevêque; et, à l'exception de quatre de ses membres, ce fut alors le corps épiscopal qui s'éleva tout entier en faveur de la société. Les actes les plus graves et les plus solennels des premiers pasteurs de l'Église, n'étoient pas faits pour en imposer au parlement: on peut dire au contraire que son audace en devint plus insolente. L'instruction de l'archevêque de Paris lui fut dénoncée; et bien que le dénonciateur eût lui-même reconnu qu'elle étoit écrite avec modération, un arrêt la condamna au feu. Ces furieux attaquèrent ensuite le prélat lui-même, et quoique le roi l'eût exilé sur-le-champ à la Trappe, comme pour le soustraire à leur vengeance, et que, dans l'impossibilité de mieux faire pour lui, il les conjurât de ne pas aller plus loin, il ne put éviter des remontrances où ils distillèrent, en quelque sorte, leur rage contre les Jésuites et contre leurs généreux défenseurs. Cette rage ne connoissant plus de bornes; ils sévirent contre tous les écrits que l'on publioit en faveur de la société, contre les distributeurs de la lettre pastorale de M. de Beaumont, contre les évêques qui y adhéroient par des mandements, et supprimèrent les brefs du pape[220]. Il leur manquoit encore de chasser de Paris le grand nombre d'évêques que ce danger imminent de l'Église y avoit attirés: ils essayèrent de le faire, en ordonnant au procureur-général «de faire exécuter les lois sur la résidence.» Enfin, voulant en finir tout d'un coup avec ses victimes, le parlement rendit un arrêt qui prescrivoit aux Jésuites de renoncer à leur institut «par un serment,» c'est-à-dire, qui leur ordonnoit le parjure contre Dieu même; et comme ils refusèrent presque tous de le prêter, un autre arrêt fut rendu sur le champ, et c'étoit celui de leur bannissement. Jamais proscription plus inique ne fut exécutée avec plus de cruauté: ni l'âge, ni les infirmités, ni l'éclat des talents, ni la vertu la plus éprouvée, ni les plus utiles travaux, ni les supplications même de la famille royale qui demandoit que du moins on lui laissât quelques-uns de ces proscrits qu'elle avoit attachés à son service, rien ne put devenir un titre d'exception; et quatre mille religieux, qu'il avoit plu à ces tyrans en simarre de placer entre leur conscience et la faim, furent arrachés à leur famille, à leur pays, et forcés d'aller mendier leur pain dans une terre étrangère[221]. De quoi les accusoient leurs persécuteurs? ils ne leur reprochoient aucun crime; ils avouoient que leur conduite étoit régulière; que leurs mœurs étoient irréprochables: tout leur tort étoit d'être soumis «à une règle impie, sacrilége, attentatoire à la majesté divine et à l'autorité des deux puissances.» C'étoit uniquement pour cela que l'on sévissoit contr'eux. Nous avons vu qu'en Portugal, au contraire, on les avoit chassés, parce que c'étoient des hommes corrompus, abominables, «qui avoient dégénéré de la sainteté de leur pieux institut[222].» Telles sont les contradictions monstrueuses de l'iniquité. Cependant ce dernier acte de barbarie trouva des désapprobateurs, même parmi les ennemis les plus ardents des Jésuites. Peu de parlements se sentirent le courage d'imiter celui de Paris; et, de cette diversité de conduite, il résulta que le roi, conseillé par Choiseul qui trouvoit lui-même que les instruments de sa haine avoient trop fait, rendit un édit qui adoucit la rigueur de l'arrêt, soumit les Jésuites à une loi commune, et permit aux bannis de respirer du moins l'air de leur pays.