Note 188 — QUARTIER SAINT-GERMAIN-DES-PRÉS. (continued 2)
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Cependant, absorbé par les embarras toujours croissants de cette guerre insensée, troublé par mille cabales, agité de mille intrigues subalternes, le ministère, comme si le génie des Dubois et des Fleuri eût encore présidé à notre marine, ne s'en occupoit guère plus que si l'Angleterre eût été notre alliée; et celle-ci, profitant savamment, ou de cette incurie, ou, ce qui est plus probable, des intelligences secrètes qu'elle s'étoit créées dans le centre même de notre administration maritime (car ce qui s'y passa alors et ce qui s'y est passé depuis et pendant long-temps, ne peut guère s'expliquer que par une trahison continuelle et en quelque sorte héréditaire), préludoit aux grands coups qu'elle alloit frapper, par des descentes sur nos côtes, des attaques contre nos ports, qui n'avoient pas en apparence de grands résultats, où souvent même elle sembloit éprouver des échecs, mais dont elle obtenoit ce résultat bien autrement important, d'arrêter les secours en hommes, en munitions et en vaisseaux que demandoient nos colonies, et d'où dépendoit leur conservation. Ceux qui les commandoient poussoient des cris d'alarme qui parvenoient jusqu'en France, et qui ne laissoient pas que d'accroître le trouble que causoient tant d'embarras où l'on s'étoit si inutilement jeté. Cependant on n'avoit qu'à dire un seul mot, qu'à laisser entrevoir la moindre disposition pacifique, et l'on finissoit à l'instant même cette guerre déplorable du continent, dont l'Autriche elle-même étoit fatiguée. Ce fut alors que l'abbé de Bernis, revenant à ses premières idées, commença à faire des instances pour la paix; et quelque servilité qu'il y eût alors dans le ministère, si l'on en excepte le maréchal de Belle-Isle, qui s'y montroit opposé uniquement sans doute parce qu'il avoit le département de la guerre, et que cependant il n'eût pas été difficile de ramener au meilleur avis, il n'y eut qu'une seule voix pour cette paix devenue si nécessaire. Le roi lui-même commençoit à être persuadé et avoit permis que des négociations fussent entamées à ce sujet. Mme de Pompadour, dont l'amour-propre se sentoit froissé de toutes parts, que la clameur publique, dont elle étoit le principal objet, irritoit, parce qu'elle n'avoit pas assez de sens pour en être effrayée, s'entêta seule à la guerre, parla de la honte qu'il y auroit à céder, de l'honneur de la France compromis, joua la femme forte et le grand caractère, ce qui offrit le mélange de l'odieux et du ridicule; et telle étoit cette dégradation à laquelle tout étoit parvenu, qu'il fallut continuer à verser du sang et à ravager des provinces, pour venger Mme de Pompadour des chansons des Parisiens, après avoir commencé ces ravages et cette effusion de sang, pour punir le roi de Prusse de ses épigrammes et payer Marie-Thérèse de ses cajoleries. L'abbé de Bernis, pour prix de la seule bonne action qu'il eût faite depuis qu'il étoit entré dans les affaires, fut destitué[188]; et c'est alors que l'on vit paroître dans ce ministère, où bientôt il alloit jouer le premier rôle, le plus grand fléau de la France, dans ce siècle où tout ce qui prenoit part au gouvernement étoit fléau pour elle, le duc de Choiseul.