Note 98 — QUARTIER DE LA PLACE MAUBERT. (continued 2)
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On fit toutefois ce qu'il étoit possible de faire dans de telles circonstances, où le trésor étoit épuisé, où le découragement et le mécontentement étoient partout; et Catherine, fort supérieure à son fils en adresse et en ressources, reparut à la tête des affaires auxquelles, depuis le nouveau règne, elle avoit pris peu de part. On rassembla de toutes les parties de la France des troupes dont on forma une armée de dix mille hommes qui, sous les ordres du duc de Guise, marcha vers les frontières de la Champagne pour s'opposer à l'entrée des Allemands[98]. Par son conseil, les maréchaux de Cossé et de Montmorenci furent tirés de leur prison, et employés à ramener le duc d'Alençon, sur lequel ils avoient un grand ascendant, et que l'on vouloit, à tout prix, arracher aux rebelles; ils promirent de le faire, de demeurer désormais fidèles au roi, et tinrent leur promesse. Des négociations furent aussitôt entamées avec le jeune prince; mais malgré toute l'habileté des négociateurs, elles n'eurent d'autres résultats qu'une trève de six mois, accordée aux conditions les plus dures, conditions que la cour accepta, bien que le duc de Guise eût taillé en pièces un corps de reîtres qui avoit déjà passé le Rhin, et par cette action d'éclat relevé le courage et les espérances du parti catholique. Par cette convention temporaire, Henri s'engageoit à livrer six places de sûreté aux rebelles, à congédier la plus grande partie de ses troupes, à tenir tous les anciens traités faits avec les protestants; enfin, à payer aux Allemands une somme considérable pour qu'ils ne passassent point le Rhin. Cependant les commandants des places désignées dans les traités, refusèrent de les rendre aux huguenots; et les Parisiens indignés ne voulurent donner au roi qu'une partie des subsides qu'il leur demandoit. Alors Casimir, prince palatin, ne recevant point l'argent promis, s'avance dans la Bourgogne à la tête de ses soldats, ayant pour guide le prince de Condé: le duc d'Alençon va le rejoindre avec ses troupes; et de cette réunion se compose une armée de trente-cinq mille hommes à laquelle il ne sembloit pas que le roi pût résister (1576). En même temps le roi de Navarre, que l'on sembloit prendre à tâche de mécontenter, s'échappe de la cour; se réfugie dans son gouvernement de Guienne, où l'affluence des mécontents auprès de lui est bientôt plus grande encore qu'auprès du duc d'Alençon; fait de nouveau profession du calvinisme, et envoie des députés à l'armée des confédérés. Si l'argent ne leur eût manqué, ceux-ci devenoient les arbitres des destinées de la France; mais, parce qu'ils n'en avoient point assez pour retenir les Allemands sous leurs drapeaux, ils accordèrent insolemment à leur souverain une paix qu'il leur demandoit avec instances et dont ils se trouvoient avoir autant besoin que lui. De là un nouvel édit de pacification dans lequel huguenots et politiques obtinrent des conditions dont le résultat devoit être la destruction entière de la monarchie et de la religion catholique en France, si quelque événement qu'il n'étoit pas difficile de prévoir ne fournissoit bientôt le moyen de revenir sur un traité aussi désastreux[99]. Les rebelles le sentirent, et signèrent cette paix, bien résolus de se tenir prêts à faire de nouveau la guerre: le roi de Navarre se cantonna dans la Guienne, le prince de Condé dans les environs de la Guienne, Damville dans son gouvernement de Languedoc, où les politiques se réunirent autour de lui; Casimir quitta la France, chargé de ses dépouilles, se tenant sur les bords du Rhin et tout prêt à y rentrer; et le duc d'Alençon, devenu duc d'Anjou par l'augmentation de ses apanages, revint triomphant à la cour, où le roi se vit forcé de le bien recevoir.