Note 95 — QUARTIER DE LA PLACE MAUBERT. (continued 2)
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On agita dans le conseil si Charles IX se déclareroit l'auteur de la Saint-Barthélemi, ou si l'on continueroit de la rejeter, comme l'avoient fait d'abord ses lettres aux gouverneurs de provinces, sur l'ancienne animosité des maisons de Guise et de Châtillon. Il fut résolu qu'on avoueroit que le tout avoit été fait par ses ordres, le duc de Guise ayant refusé de se charger d'une action qui, de simple exécuteur des commandements du roi, le transformoit en assassin; et la reine ayant fait voir que reconnoître que de tels actes de vengeance pouvoient s'exécuter impunément sous les yeux du monarque, c'étoit s'accuser soi-même de foiblesse et d'impuissance, et compromettre l'autorité. En conséquence, le mardi suivant, le roi se rendit au parlement, où il tint un lit de justice, menant avec lui tous les princes du sang, et notamment le roi de Navarre. Il y déclara que Coligni, mille fois coupable de révoltes et d'attentats contre son souverain[95], et mille fois pardonné, avoit voulu mettre le comble à ses crimes en formant la résolution d'exterminer le roi et toute la famille royale, à l'exception du prince de Condé, dont il auroit fait un fantôme de souverain pour gouverner à sa place, faire régner l'hérésie dans le royaume et y détruire jusqu'aux moindres vestiges de la religion catholique. Il finit en disant que, nonobstant des crimes aussi énormes, qui avoient attiré sur la tête des coupables de si justes châtiments, son intention étoit de ne gêner la conscience de personne et de faire observer les édits de pacification, à la réserve de la profession publique du calvinisme, qu'il étoit absolument résolu de ne point souffrir. Le président de Thou loua la prudence du roi dans cette grave circonstance, reconnoissant, d'après l'exposé que Sa Majesté venoit d'en faire, qu'elle avoit pris le seul moyen possible d'arrêter les effets d'une conjuration qui avoit menacé à la fois et sa personne sacrée et la famille royale et le salut de l'état. Gui de Pibrac, avocat général, ayant alors requis que l'on informât contre l'amiral et ses complices, le parlement fit instruire leur procès, et rendit un arrêt par lequel Coligni fut déclaré criminel de lèse-majesté, perturbateur du repos public, chef de conspiration contre le roi et l'état; il fut ordonné que son corps ou son effigie seroit traîné sur la claie par le bourreau, attaché à une potence en place de Grève, et de là porté à Monfaucon; que sa mémoire seroit condamnée, sa maison de Châtillon-sur-Loing rasée; et que, tous les ans, on feroit une procession générale dans Paris pour remercier Dieu de la découverte de cette conspiration[96].