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Tableau historique et pittoresque de Paris depuis les Gaulois jusqu'à nos jours (Volume 5/8)

Note 70 — QUARTIER DE LA PLACE MAUBERT. (continued 2)

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Cependant il parut que Coligni n'avoit rien dit qui pût les compromettre: car, après cette visite, le roi continua de porter ses soupçons sur le duc de Guise, soupçons que Catherine elle-même avoit eu l'adresse de faire naître, essayant en même temps d'excuser cet attentat par le juste ressentiment que ce duc devoit conserver de l'assassinat de son père, dont l'amiral avoit été si justement soupçonné, sans avoir jamais pu s'en justifier. «Elle lui rappela en même temps, dit la reine Marguerite[70], l'assassinat qu'avoit fait ledit amiral de Charry, maître de camp de la garde du roi, personne si valeureuse et qui l'avoit si fidèlement assistée pendant sa régence et la puérilité dudit roi Charles», ajoutant que cet assassinat «le rendoit digne de tel traitement. Bien que telles paroles pussent faire juger au roi Charles que la vengeance de la mort dudit Charry n'étoit pas sortie du cœur de la reine ma mère, son âme passionnée de douleur de la perte des personnes qu'il pensoit, comme j'ai dit, lui être un jour utiles, offusqua tellement son jugement, qu'il ne put modérer ni changer ce passionné désir d'en faire justice, commandant toujours qu'on cherchât monsieur de Guise, qu'on le prît, et qu'il ne vouloit point qu'un tel acte demeurât impuni.» Ce que voyant, la reine et le duc d'Anjou commencèrent à craindre que cette fureur, que rien ne pouvoit apaiser, n'eût des suites funestes pour eux, et jugèrent que le moment étoit venu de lui tout révéler. Le maréchal de Retz, qui avoit la confiance du roi, fut chargé de faire les premières ouvertures de ce fatal secret, et s'acquitta avec dextérité de cette commission difficile, faisant entendre que la reine et le duc d'Anjou n'en étoient venus à de telles extrémités que pour échapper aux menées sourdes de ce rebelle, qui avoit juré leur perte à tous deux. À peine ces premiers aveux sont-ils faits, que Catherine survient comme on en étoit convenu, accompagnée du duc d'Anjou, du comte de Nevers, de Birague, garde des sceaux, et du maréchal de Tavannes. Elle confirme à son fils tout ce qui vient de lui être dit; lui rappelle l'insolence et l'esprit de révolte des calvinistes; les lui montre dans cette circonstance, prêts à se porter aux dernières extrémités, et à assouvir leur vengeance, non-seulement sur le duc de Guise, mais sur le souverain lui-même; elle lui fait entendre «que le parti huguenot armoit; que les capitaines étoient déjà dans les provinces, où ils faisoient des levées; que l'amiral, depuis sa blessure, avoit déjà fait partir des courriers pour l'Allemagne et la Suisse, d'où il espéroit tirer vingt mille hommes, avec lesquels il lui seroit facile d'opérer une révolution, dans le dénuement absolu où l'on se trouvoit alors d'hommes et d'argent; que pour comble de malheur, les catholiques, lassés d'une guerre où le roi ne leur servoit de rien, alloient s'armer contre les huguenots sans sa participation; qu'ainsi il demeureroit seul enveloppé, en grand danger, sans puissance ni autorité; qu'un tel malheur pourroit être détourné par un coup d'épée; qu'il falloit seulement tuer l'amiral et quelques chefs du parti[71].» À l'appui de ce discours venoient les paroles téméraires, criminelles même des calvinistes, qui en effet, depuis la blessure de l'amiral, étoient entrés dans une sorte de fureur et ne savoient plus se contenir[72]. Le duc d'Anjou et les autres parlent dans le même sens, «n'oubliant rien qui y pût servir, tellement que le roi entra en extrême colère et comme en fureur. Mais ne voulant au commencement aucunement convenir qu'on touchât à l'amiral; cependant il étoit piqué et grandement touché de la crainte du danger...; et, voulant savoir si par un autre moyen on pourroit y remédier, il souhaita que chacun en dît son opinion. Tous furent de l'avis de la reine, à l'exception du maréchal de Retz, qui trompa bien notre espérance (c'est encore le duc d'Anjou qui parle), disant que s'il y avoit homme qui dût haïr l'amiral et son parti, c'étoit lui; qu'il a diffamé toute sa race par sales impressions qui avoient couru toute la France et aux nations voisines; mais qu'il ne vouloit pas, aux dépens de son roi et de son maître, se venger de ses ennemis par un conseil à lui si dommageable et à tout le royaume; que nous serions à bon droit taxés de perfidie et de déloyauté. Ces raisons, continue le prince, nous ôtèrent la parole de la bouche, voire la volonté de l'exécution. Mais, n'étant pas secondé d'aucun, et reprenant tous la parole, nous l'emportâmes et reconnûmes une soudaine mutation au roi qui, nous imposant silence, dit de fureur et de colère, en jurant par la mort..... Puisque nous trouvions bon qu'on tuât l'amiral, qu'il le vouloit, mais aussi tous les huguenots de France, afin qu'il n'en demeurât pas un qui lui pût reprocher après, et que nous y donnassions ordre promptement.»

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