Note 262 — QUARTIER DU LOUVRE. OU SAINT-GERMAIN-L'AUXERROIS.
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Les grands vassaux avoient été humiliés sous les règnes précédents, mais il s'en falloit de beaucoup qu'ils fussent entièrement abattus. Louis VIII avoit régné trop peu de temps pour pouvoir achever les glorieux travaux de son père: en mourant il laissa la monarchie aux mains d'un enfant de douze ans qui n'avoit d'autre guide et d'autre appui qu'une femme étrangère à la France. À ces signes apparents de foiblesse, toutes les espérances des rebelles se ranimèrent: ils crurent que le moment étoit venu de se venger de tant d'humiliations qu'ils avoient été forcés d'endurer, et de reconquérir ce qu'ils avoient perdu. Une ligue formidable de princes et de barons se forme à l'instant même contre la régente[262], et la monarchie est menacée du plus grand péril: mais le caractère de Blanche étoit plus grand encore; et ce fut un spectacle digne d'admiration que ce qu'elle déploya, dans ces graves circonstances, de courage, d'activité, de vues hautes et profondes, de prudence, de fermeté. Entourée de ministres habiles, d'agents vigilants et sûrs, elle étoit en quelque sorte au milieu des confédérés; elle voyoit s'ourdir leurs trames, prévenoit tous leurs desseins, déconcertoit toutes leurs mesures, négociant et combattant tour à tour, excitant au milieu d'eux d'utiles divisions, promettant, menaçant, employant tout, et jusqu'à la passion qu'avoit conçue pour elle Thibaud, comte de Champagne, passion insensée qu'elle fit servir au succès de sa juste cause, sans s'être jamais avilie jusqu'à l'encourager. Ce fut ainsi qu'elle déjoua des ligues sans cesse renaissantes, échappa à tous les piéges qui lui furent tendus, força à se rembarquer le roi d'Angleterre qui étoit venu au secours des rebelles, et, parmi ceux-ci, réduisit même les plus obstinés à se soumettre et à demander la paix. Cependant tant de soins, d'inquiétudes et de travaux dont sa vie étoit agitée, n'empêchoient point Blanche de veiller sans cesse sur l'éducation d'un fils qui devoit être le prodige de son siècle, de répandre dans cette âme que le ciel sembloit s'être plu à former tous ces trésors de véritable science qui devoient un jour y produire de si excellents fruits. Les plus habiles maîtres lui furent donnés; et la langue latine qu'ils lui enseignèrent lui devint si familière qu'il lisoit avec facilité les Pères et tous les anciens auteurs que l'on possédoit alors. Il étudioit surtout l'histoire, dont sa mère se plaisoit elle-même à lui développer les hautes leçons, lui apprenant qu'il n'y a de vraie politique que celle qui est appuyée sur la justice et sur la religion. Souvent elle le menoit au milieu des camps; et déjà le jeune prince y donnoit des marques de cette valeur héroïque qui devoit un jour jeter un si grand éclat.