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Tableau historique et pittoresque de Paris depuis les Gaulois jusqu'à nos jours (Volume 2/8)

Note 257 — QUARTIER DU LOUVRE. OU SAINT-GERMAIN-L'AUXERROIS.

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Toutefois, telle étoit la corruption des mœurs lorsque les Capets montèrent sur le trône; elles étoient alors si violentes et si grossières; l'habitude d'une longue licence avoit fait naître des préjugés si absurdes et si funestes; tous les éléments de la société étoient tellement bouleversés et confondus, que cet avantage qu'eut alors la France, d'avoir été jusqu'à saint Louis, c'est-à-dire pendant plus de deux siècles, presque toujours gouvernée par des hommes supérieurs, ce qui ne lui étoit point encore arrivé depuis le commencement de la monarchie, que cet avantage, dis-je, n'auroit point suffi pour opérer son salut, si une puissance au-dessus de l'homme ne lui eût prêté un appui plus sûr et des secours plus efficaces: ce fut la religion qui la sauva. Sa voix étoit la seule qui pût encore se faire entendre au milieu de cette horrible confusion; et ses menaces étoient les seules que pussent redouter encore des furieux qui avoient secoué tout autre frein. Elle parla, elle menaça: ses paroles portèrent le trouble dans les consciences coupables, rassurèrent les foibles, les rallièrent et leur prêtèrent ainsi une force qu'ils n'eussent jamais trouvée, s'ils fussent restés abandonnés à eux-mêmes; les temples devinrent des asiles toujours ouverts à l'opprimé, et ces asiles, on ne les violoit pas impunément; de ses tribunaux partirent, contre ceux que ses exhortations n'a voient pu ramener, des arrêts auxquels nul coupable, quelque puissant qu'il pût être, ne pouvoit se soustraire, parce que la société entière étoit chargée de les exécuter[257]. C'étoit toujours d'accord avec les rois que le clergé prenoit toutes les grandes mesures de salut public: ce fut ainsi que fut établie sous Henri Ier la trève du Seigneur[258], loi qui défendoit les combats particuliers depuis le mercredi soir jusqu'au lundi matin, par respect pour ces jours que le Sauveur avoit consacrés aux derniers mystères de sa vie; et modéroit du moins des fureurs qu'il étoit alors impossible d'éteindre entièrement. Long-temps auparavant, et dès le règne de Hugues-Capet, un grand nombre de conciles successivement assemblés s'étoient élevés contre le funeste abus des guerres privées, avoient lancé des anathèmes contre les ravisseurs des biens des églises, contre tous ceux qui troubloient la paix par leurs violences et par leurs brigandages; et ce n'avoit jamais été sans quelque résultat plus ou moins heureux. Mais ce fut surtout lorsque l'Église, poussant un cri de détresse qui retentit dans l'Europe entière, appela tous ses enfants à la défense des lieux saints profanés par les infidèles, qu'on put reconnoître tout ce qu'il y avoit de FOI et d'enthousiasme religieux dans ces races guerrières, et ce qu'il étoit possible d'attendre de ces âmes neuves et ardentes, dès qu'on sauroit diriger vers un but noble et utile leur courage et leur activité. Que de foibles esprits, de ces esprits que l'incrédulité a rétrécis et glacés, contemplent encore avec un dédaigneux sourire toute cette noblesse françoise, abjurant, à l'aspect de la croix, ses haines et ses divisions, renonçant à ses projets ambitieux, abandonnant même l'héritage de ses pères, pour aller dans l'Orient expier ses fautes sur le tombeau du Sauveur du monde, et gagner des pardons en combattant les ennemis de son culte et de sa loi; le temps est passé du moins où l'on pouvoit sottement assurer et faire croire plus sottement encore que les croisades avoient été pour la France et pour l'Europe chrétienne l'une de ses plus grandes calamités. Quelle que soit l'opinion que l'on juge à propos de se faire des motifs qui entraînèrent les croisés il n'est personne qui maintenant ne convienne que le zèle religieux sut opérer, dans de telles entreprises, ce que la politique la plus habile n'eût même alors osé concevoir. Par ce grand mouvement militaire qui reportoit en Orient le foyer de la guerre que les sectateurs de Mahomet n'avoient cessé, depuis plusieurs siècles, de faire, dans l'Occident même, à ceux du Christ, l'Italie, qu'ils avoient si long-temps désolée, fut mise à couvert de leurs invasions; leur puissance s'affoiblit sensiblement en Espagne; et la chrétienté commença à respirer devant ces redoutables ennemis. Tels furent les avantages extérieurs qu'on retira des croisades; le bien intérieur qu'elles procurèrent fut encore plus grand: les guerres privées qui ensanglantoient la France furent presque de toutes parts suspendues, et dans l'intervalle de ces pieuses expéditions ne se rallumèrent plus avec la même fureur; ce fut à la faveur de ces heureuses diversions qui tournoient contre l'ennemi commun des chrétiens les forces que jusqu'alors ils avoient fait servir à leur propre destruction, que les rois purent, ainsi que nous l'avons déjà dit, saisir quelques-unes de ces anciennes prérogatives de la couronne que tant de révolutions et de vicissitudes leur avoient fait perdre, rendre la liberté aux villes, commencer l'affranchissement des serfs, redevenir les chefs suprêmes des justices de leur royaume; ce fut par suite de ces guerres lointaines que leurs domaines reçurent d'immenses accroissements du grand nombre de fiefs que la mort de leurs possesseurs et l'extinction des familles y firent successivement rentrer. Ainsi se consolidoit leur pouvoir et s'affermissoit en même temps la tranquillité publique.

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