← Table of contents
Tableau historique et pittoresque de Paris depuis les Gaulois jusqu'à nos jours (Volume 2/8)

Note 252 — QUARTIER DU LOUVRE. OU SAINT-GERMAIN-L'AUXERROIS.

Reading edition

Les maires du palais avoient su maintenir ces prérogatives du trône, au milieu de la décadence de la première race; et lorsque les enfants de Charles Martel succédèrent aux fils de Clovis, ce changement de dynastie n'avoit rien changé dans l'État. Il n'en fut pas de même sous leurs successeurs: à peine ceux-ci commencèrent-ils à donner des signes de foiblesse, que cette noblesse turbulente, qui, nous le répétons encore, n'avoit pas pour la famille des Carlovingiens le respect que lui avoit toujours inspiré la haute illustration de la famille des rois francs, donna, de son côté, des signes de mutinerie et d'indépendance. Dès le temps de Charles-le-Chauve, on la voit occupée de toutes parts à bâtir des châteaux et des forteresses, à élever des retranchements, à l'abri desquels elle commençoit à braver l'autorité royale. Ce fut vainement qu'une ordonnance de ce prince[252] enjoignit aux comtes de faire raser toutes les fortifications de ce genre qui auroient été élevées sans son consentement: les incursions des Normands, déjà si redoutables sous ce malheureux règne, semblèrent légitimer ce que l'esprit de faction et de révolte avoit seul fait entreprendre. Dès lors il n'y eut pas un seul hameau qui ne fût défendu par un donjon, pas un seul rocher que ne surmontât une tour, pas un ruisseau dont les eaux ne fussent détournées pour remplir un fossé; et la surface entière de la France fut, en un très-petit nombre d'années, comme hérissée de châteaux-forts. Si l'on considère quel prince c'étoit que Charles-le-Chauve et quels furent ses successeurs, on ne peut s'empêcher de reconnoître que cette multitude de châteaux et de remparts fut alors le salut de l'État, que, dans des circonstances aussi imminentes, ses rois étoient incapables de défendre et de sauver; mais aussi ce ne fut point sans de graves inconvénients que chaque noble, chaque propriétaire put rentrer ainsi dans le droit de la défense naturelle, parce que, dès ce moment, aucun d'eux n'en voulut sortir. La force devint donc le seul droit que consentirent désormais à reconnoître tous ces seigneurs grands et petits, ainsi armés et retranchés. Étranger au reste de la France, chacun d'eux n'eut plus de relation qu'avec ses voisins devenus ses alliés ou ses ennemis, ni d'autre occupation que de les attaquer, ou de combattre avec eux ou de se défendre de leurs attaques. Ceux qui avoient des serfs en firent des soldats; ceux qui n'en avoient point armèrent leurs manants, appelèrent sous leurs drapeaux tous les vagabonds, tous les scélérats qui avoient besoin de désordre pour assurer leur impunité. Ainsi se formèrent ces bandes si long-temps redoutables aux provinces, même après que l'ordre eut commencé à se rétablir[253], redoutables même à leurs anciens maîtres, qui leur avoient appris l'art de la guerre et à goûter les plaisirs de la licence et de l'oisiveté.

Explore with AITake your curiosity a little further.

Reading settings