Note (retour) — L'ÎLE D'ELBE (continued 6)
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Le lendemain, l'Empereur ne vint pas à Rio; nous l'attendîmes en vain. Le soir il me fit appeler à Porto-Ferrajo; je m'y rendis avec M. Bourri. Il pouvait se faire que M. Bourri n'eût pas bien compris l'Empereur; du moins l'Empereur ne me parut pas aussi pénétré que M. Bourri des avantages qu'il y aurait à d'aussi grandes constructions. Il me fit expliquer mes doutes et il me dit: «Nous irons ensemble vérifier cela sur les lieux»; ensuite il ajouta en riant: «Je me tenais en défense contre vous; car je ne supposais pas que vous reculeriez devant l'emploi du mortier.» L'Empereur faisait allusion à ce que j'avais beaucoup fait bâtir à Rio. Il me parla avec avantage de M. Bourri; il trouva seulement qu'il y avait trop de choses dans sa tête, que ces choses étaient pêle-mêle, et qu'elles s'étouffaient réciproquement. M. Bourri convenait que l'Empereur l'avait jugé comme s'il l'avait connu toute sa vie. L'Empereur le reçut encore; il le convainquit, et M. Bourri ne compta plus sur l'usine. Toutefois, l'Empereur n'avait pas pris un parti définitif; quelque temps après, il alla examiner les lieux, son examen fut approfondi. Il fit une foule de calculs; il voulut savoir d'où l'on tirerait les bois ou les charbons, quel serait leur prix de revient, quelles chances il y avait à courir pendant la guerre, quels écoulements pendant la paix. Enfin, après une grosse matinée de travail, il clôtura son opération par ces paroles: «L'avantage pour nous serait douteux, tandis que le désavantage pour les autres serait certain, et le plus sage est de s'abstenir. Il ne faut pas, d'ailleurs, que les gouvernements tentent même de faire perdre ceux qu'ils ont le devoir de faire gagner. Je suis encore gouvernement.» L'Empereur appuya sur ces derniers mots, qu'il prononça d'ailleurs avec dignité 62. Lorsque je racontai à M. Bourri l'emploi de cette matinée, il resta un moment pensif, puis il s'écria avec amertume: «Et cet homme est tombé du trône de France au trône de l'île d'Elbe!»