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Souvenirs de Madame Louise-Élisabeth Vigée-Lebrun, Tome troisième

Note (retour) — PARIS,

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Les seigneurs russes déploient tout autant de luxe à Moscou qu'à Pétersbourg. Cette ville immense renferme une multitude de palais magnifiques, meublés avec la plus grande recherche. Un des plus somptueux était celui du prince Alexandre Kourakin 14, que j'avais connu à Pétersbourg, où j'avais fait deux fois son portrait. Lorsqu'il apprit que j'étais à Moscou, il vint me voir et voulut me donner à dîner avec mes amis, la comtesse Ducrest de Villeneuve et son mari. Nous arrivâmes dans un vaste palais, orné à l'extérieur avec une magnificence royale. Tous les salons qu'il nous fallut traverser, avant d'arriver au dernier, étaient meublés plus richement les uns que les autres, et dans la plupart on remarquait, soit en pied, soit en buste, le portrait du maître de la maison. Avant de nous conduire à table, le prince Kourakin nous fit voir sa chambre à coucher, qui surpassait tout le reste en élégance. Le lit, élevé sur des gradins recouverts de superbes tapis, était entouré de colonnes richement drapées. Deux statues et deux vases de fleurs étaient placés aux quatre coins de l'estrade, et des meubles d'un goût exquis, de magnifiques divans, rendaient cette chambre digne d'être habitée par Vénus. Pour passer dans la salle à manger, nous traversâmes de larges corridors où de chaque côté une quantité d'esclaves en grande livrée étaient rangés, des flambeaux à la main, ce qui me fit l'effet d'une cérémonie solennelle; et tant que nous fûmes à table, des musiciens invisibles, qu'on avait placés au-dessus de nos têtes, nous récréèrent par cette délicieuse musique de cors, dont j'ai déjà parlé plusieurs fois.

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