Note (retour) — PARIS,
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J'avais remarqué qu'à Pétersbourg la haute société ne formait, pour ainsi dire, qu'une famille, tous les nobles étant cousins les uns des autres; à Moscou, où la population est beaucoup plus considérable, la noblesse beaucoup plus nombreuse, la société devient presque un public. Par exemple, il peut tenir six mille personnes dans la salle de bal où se réunissent les premières familles. Cette salle est entourée d'une galerie en colonnade, élevée de quelques marches, où peuvent se promener les personnes qui ne dansent pas, et précédée de plusieurs grands salons, dans lesquels on soupe et l'on fait les parties de jeu. Je suis allée à l'un de ces bals, et je fus surprise du grand nombre de jolies personnes que j'y trouvai réunies. J'en puis dire autant d'un très beau bal où m'invita la maréchale Soltikoff. Les jeunes femmes étaient presque toutes d'une beauté remarquable. Elles avaient imité le costume antique dont j'avais donné l'idée à la grande-duchesse Élisabeth pour le bal de l'impératrice Catherine; elles portaient des tuniques en cachemire bordées de franges d'or; de superbes diamans attachaient leurs manches courtes et retroussées, et leurs coiffures à la grecque étaient ornées pour la plupart de bandelettes couvertes de brillans. Rien ne pouvait être aussi élégant et aussi riche que ces costumes; ils embellissaient encore cette foule de jolies femmes, plus charmantes les unes que les autres. Une de celles que je remarquai principalement était une jeune personne que le prince Tufakin épousa peu de temps après. Son visage, dont les traits étaient fins et réguliers, avait une expression extrêmement mélancolique. Lorsqu'elle fut mariée, je commençai son portrait; mais je ne pus finir à Moscou que la tête, en sorte que j'emportai le tableau pour le terminer à Pétersbourg où je ne tardai pas à apprendre la mort de cette jolie personne. Elle avait à peine dix-sept ans. Je l'ai peinte en Iris, entourée d'une écharpe ondoyante et assise sur des nuages 12.